Monuments béthunois

Le feuilleton de l'été 2011 : la reconstruction de l'Hôtel de Ville (épisode 15 sur 23)

 

En 1925, le nouveau Maire Alexandre Ponnelle décidait de mettre un terme aux discussions entourant l’emplacement de l’Hôtel de Ville. Pour lui, le bâtiment municipal devait être reconstruit sur son ancien emplacement. L’histoire de la reconstruction de la mairie allait donc basculer dès 1925. Il fallait choisir un architecte.

 

   Le 3 septembre 1925, Alexandre Ponnelle met en place un concours pour la reconstruction de l’Hôtel de Ville. Un concours ouvert aux architectes dont la dépense du projet ne devra pas excéder 1500000 francs.

   Le 4 février 1926, le conseil municipal choisit officiellement le projet de l’architecte Jacques Alleman, évinçant de fait Louis-Marie Cordonnier qui obtient l’église Saint-Vaast comme lot de consolation. L’Hôtel de Ville allait pouvoir se construire mais éloigné du beffroi. On était donc loin, très loin du projet de Cordonnier. Mais qui était Jacques Alleman ?

   Jacques Alleman (1882-1945) est originaire de la région de Bordeaux. Il est connu à Lille pour avoir participé à la construction du monument aux morts de la place rihour. Toutefois, sa contribution à la reconstruction de Béthune est majeure. A côté de l’Hôtel de Ville, il contribua à façonner la Grand place dans le style art déco, des années 20. Quel visage allait prendre l’édifice municipal ?

 

                    Arnaud WILLAY (parution dans La Voix du Nord, le 31 juillet 2011)

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Le feuilleton de l'été 2011 : la reconstruction de l'Hôtel de Ville (épisode 14 sur 23)

 

Un nouveau Maire est installé le 17 mai 1925 à la place de Jules Senis. La victoire d’Alexandre Ponnelle était loin d’être anodine. Elle est même cruciale car ce maire allait totalement remettre en cause les décisions votées par le conseil municipal. L’histoire de la reconstruction de la mairie allait basculer dès 1925.

 

   La prise de position du Maire lors du conseil du 2 juillet 1925 était nette. «  En ce qui concerne l’Hôtel de Ville nous n’avons plus à présent l’embarras du choix. Toutes les occasions sont disparues les unes après les autres et nous nous trouvons acculés à en proposer la reconstruction sur l’ancien emplacement ». Alexandre Ponnelle insiste sur les conséquences financières : « la ville a comme dommages de guerre pour la reconstruction de son Hôtel de Ville 1016753 francs. Or le projet grandiose que l’on avait rêvé aurait couté environ 3500000 francs ». La solution préconisée est de reconstruire la mairie sur son ancien emplacement «  malgré l’exiguïté du terrain, il paraît possible de construire un Hôtel de Ville qui répondra encore aux besoins de la population et des services ».

   Le Maire était au départ partisan de la reconstruction de la mairie prés du beffroi. Mais, le mouvement de l’opinion publique allait le faire douter. Dans un souci d’apaisement et d’économie, l’Hôtel de Ville allait être reconstruit sur son ancien emplacement. Voila pourquoi, 86 ans après cette décision, l’Hôtel de Ville de Béthune est éloigné du beffroi. Il ne restait plus qu’à choisir l’architecte.

 

                        Arnaud WILLAY (parution dans La Voix du Nord, le 30 juillet 2011)

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 Le feuilleton de l'été 2011 : la reconstruction de l'Hôtel de Ville (épisode 13 sur 23)

 

   Le 14 décembre 1923 restera-t-il une date clé dans le feuilleton de la reconstruction de l’Hôtel de Ville ? A l’époque, on pouvait le croire car l’avant-projet présenté par Cordonnier allait être adopté par le conseil de Béthune.

 

   Les opposants à cet avant-projet qui était loin de faire l’unanimité ont utilisé l’argument financier. En effet, la reconstruction de l’Hôtel de Ville près du beffroi allait entraîner des dépenses importantes. Dans une motion au conseil municipal, le conseiller  Joseph Dufresnoy signalait « qu’aucun devis n’est joint au plan et ce devis eût été difficile à établir, étant données les variations successives des prix des matériaux et de la main d’œuvre ». Une première banderille plantée qui fut rapidement suivie par une seconde. « Songeons un peu aux contribuables qui vont être écrasés de taxes et d’impôts » lançait-il à l'assemblée communale. 

   L’avant-projet de Cordonnier était estimé entre 8 et 10 millions alors que la ville n’a perçu que 1016573 francs de dommage de guerre. Ces arguments financiers allaient-ils susciter l’adhésion de la majorité des conseillers ?

   Le 14 décembre 1923, l’avant-projet de Cordonnier a été mis au vote par le Maire. Le projet de reconstruction de l’Hôtel de Ville sur son ancien emplacement recueillait 9 voix contre 14 voix pour la reconstruction collée au beffroi. L’avant-projet de Cordonnier était adopté. L’histoire de la reconstruction de la mairie était-elle pour autant terminée ? Les élections municipales approchaient….

 

                    Arnaud WILLAY (parution dans La Voix du Nord, le 29 juillet 2011)

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Le feuilleton de l'été 2011 : la reconstruction de l'Hôtel de Ville (épisode 12 sur 23)

 

La fin de l’année 1923 allait se terminer par une nouvelle discussion sur l’Hôtel de Ville à l’occasion de l’examen de l’avant-projet.

 

   Que prévoyait exactement cet avant-projet ? Il proposait un passage de 6 mètres entre le beffroi et l’Hôtel de Ville. Un avant-projet qui tenait donc compte des remarques formulées par la commission des Monuments Historiques et le Ministre des Beaux-arts Léon Bérard.  

   Malgré tout, la nouvelle proposition de Cordonnier allait susciter moult protestations durant la séance du 14 décembre. Félix Lejeune, conseiller municipal, intervient en disant qu’il ne votera pas ce projet de mairie près du beffroi. Joseph Dufresnoy, conseiller municipal estimait que « la commission des monuments historiques….va s’opposer à ce qu’aucune construction même séparée du beffroi par un espace plus ou moins large ne soit édifiée dans son voisinage ».

   Et Joseph Dufresnoy d’estimer que « la reconstruction de l’Hôtel de Ville selon le nouvel avant-projet…va entraîner des dépenses considérables, peut-être plusieurs millions ». Effectivement, au-delà des aspects architecturaux, le vrai problème était financier. Un aspect financier qui allait être mis en exergue lors du vote de l’avant-projet en séance du conseil municipal le 14 décembre 1923. Allait-il être de nature à influencer le vote du conseil ?

 

               Arnaud WILLAY (parution dans La Voix du Nord, le 28 juillet 2011)

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Le feuilleton de l'été 2011 : la reconstruction de l'Hôtel de Ville (épisode 11 sur 23)

 

Louis-Marie Cordonnier qui tenait à défendre son projet de reconstruction de l’Hôtel de Ville autour du beffroi prenait sa plume pour adresser le 22 février 1923 un courrier au Maire de Béthune.

 

   L’architecte lillois s’empresse de contester la décision des Monuments Historiques en se demandant si elle est légale. Une seconde lettre datée du 1er mars était adressée au Maire. Cordonnier a eu l’occasion de rencontrer un de ses confrères qui avait participé à la réunion des Monuments Historiques chargée de statuer sur la question de l’emplacement de l’Hôtel de Ville. Il conseillait à Cordonnier de persévérer malgré la décision des Monuments Historiques….un revirement de situation était encore possible.

   Une vision optimiste quand on sait que même l’intervention du sénateur Jules Elby n’avait pas réussi à infléchir la position des Monuments Historiques.

   Et pourtant, le conseil municipal du 9 mars 1923 décidait de rester ferme sur la question de l’emplacement. Gustave Boudry, conseiller municipal estimait que « le beffroi isolé au milieu de la Grand place ce serait comme un chandelier ou une boite à pilules au milieu d’une table ». Il fallait oser la comparaison. Une attitude qui encourageait ses collègues à maintenir leur position sur l’édification de l’Hôtel de Ville près du beffroi. Fermeté ou entêtement ? La question méritait d’être posée ! Les débats à venir sur la question promettaient d’être animés.

 

                     Arnaud WILLAY (parution dans La Voix du Nord, le 27 juillet 2011)

 

 

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 Le feuilleton de l'été 2011 : la reconstruction de l'Hôtel de Ville (épisode 10 sur 23)

 

   A l’occasion de la reconstruction d’une mairie, les architectes doivent produire beaucoup de plans. Les échanges de courrier en 1923 étaient eux nombreux notamment entre le maire de Béthune et Paul Léon, Directeur des Beaux-arts au Ministère des Beaux-arts, ancêtre de l’actuel Ministère de la Culture.  

 

   Le 30 janvier 1923, Jules Senis voulait que le projet adopté par son conseil de reconstruction de la mairie autour du beffroi soit validé par le Ministère. Il priait le Directeur de « faire hâter l’examen par la commission des Monuments historiques et obtenir son avis qui, nous l’espérons, sera favorable, le conseil municipal tenant à mettre au plus tôt, à l’étude, le projet définitif de l’Hôtel de Ville ».

   Trois semaines plus tard, la réponse du Directeur des Beaux-arts arrivait sur le bureau du Maire. Les pressions du premier magistrat n’avaient pas suffi et la réponse était plus que décevante. En effet, Paul Léon soulignait que « la commission des monuments historiques n’a pas cru pouvoir approuver l’exécution des plans qui lui étaient soumis ». Une commission qui avait exprimé l’avis que « le beffroi devait demeurer isolé » au milieu de la Grand Place.

   Cette  nouvelle était mauvaise pour le conseil municipal qui s’était prononcé pour la mairie autour du beffroi. Toutefois, le directeur des Beaux-arts signalait que son administration a fait établir les plans du beffroi pour commencer les travaux de restauration. Si la question de l’Hôtel de Ville restait en suspens, celle du beffroi avançait. Maigre consolation.

 

                        Arnaud WILLAY (parution dans La Voix du Nord, le 26 juillet 2011)

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     Le feuilleton de l'été 2011: la reconstruction de l'Hôtel de Ville (épisode 9 sur 23)  

 

   Le projet de construire l’Hôtel de Ville près du beffroi a beau être adopté, il continue à susciter une pluie de critiques. Des critiques qui pourraient bien alimenter la tempête qui se prépare à Béthune.

 

   Quels arguments utilisaient les détracteurs du projet Cordonnier ? Certains y voyaient une gêne pour la circulation sur la Grand Place mettant en lumière le caractère monumental du projet de Louis-Marie Cordonnier. 

   D’autres soulignaient que la Grand Place serait sacrifiée car l’Hôtel de Ville la scinderait en deux petites. La position de l’administration des monuments historiques inquiétait. En effet, le beffroi étant un monument classé, il fallait arracher l’autorisation de cette administration. L’affaire s’annonçait difficile car le comité départemental des monuments historiques avait repoussé à une large majorité l’idée de reconstruction d’un édifice autour du beffroi. 

   Enfin le coût du projet de Cordonnier était dénoncé. En fait, il prévoyait deux mairies : une administrative à l’ancien emplacement et une mairie pour les cérémonies autour du beffroi avec une salle des fêtes, une salle des mariages, le cabinet du Maire. Il était même prévu que les bâtiments soient reliés par un souterrain. 

 

                    Arnaud WILLAY (parution dans La Voix du Nord, le 25 juillet 2011)

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Le feuilleton de l'été 2011 : la reconstruction de l'Hôtel de Ville (épisode 8 sur 23)

 

Décidemment, la question de l’emplacement de l’Hôtel de Ville n’arrête pas de susciter des réactions et des prises de position. Si on parle souvent du Maire, celle du conseiller municipal Edmond Quénée lors de l’été 1922 est à souligner.

 

   Pour lui « L’Hôtel de Ville doit être réellement la maison commune où tous les services sont concentrés…on doit  construire un Hôtel de Ville qui puisse répondre non pas aux nécessités actuelles mais aux exigences de l’avenir ». Des propos pleins de sagesse qui permettent de prendre un peu de hauteur. Pour Edmond Quénée, l’emplacement de l’Hôtel de Ville doit être vaste pour permettre des agrandissements ultérieurs.

   Pour lui, le terrain vaste ne doit pas se trouver nécessairement sur la Grand Place. Il propose une reconstruction à plusieurs endroits : place de Lille, place du marché aux poulets.  La proposition la plus surprenante est sans doute celle liée au théâtre municipal construit dix ans plus tôt. En plein conseil municipal du 28 juillet 1922, il proposait la démolition du théâtre pour y reconstruire la mairie : « le théâtre a donné beaucoup de désillusions et de déceptions….ne pourrait-on pas le démolir et y reconstruire l’Hôtel de Ville ». Imaginez-vous le tollé si cette proposition avait été faite aujourd’hui en pleine capitale régionale de la culture ! On pouvait aussi imaginer la tête de l’architecte nordiste du théâtre Henri Guillaume.   

 

                   Arnaud WILLAY (parution dans La Voix du Nord, le 24 juillet 2011)

 

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     Le feuilleton de l'été 2011 : la reconstruction de l'Hôtel de Ville (épisode 7 sur 23)  

   Quatre ans après les bombardements sur la Grand Place, des choix devaient être opérés rapidement afin que les béthunois retrouvent un Hôtel de Ville digne de ce nom. Ce choix tant attendu allait intervenir en 1921.

 

   Le Maire Jules Senis élu le 10 décembre 1919  a joué un rôle déterminant. Pour des raisons financières, il rejetait l’organisation d’un concours pour choisir l’architecte. Par contre, il préconisait le choix de l’architecte Louis-Marie Cordonnier pour reconstruire la mairie mais aussi l’église Saint-Vaast.

   Cordonnier (1854-1940), ancien élève de l’école des Beaux-arts de Paris, a été lauréat de plusieurs concours internationaux. Il édifia les hôtels de ville de Dunkerque, Loos et les églises de Merville et Caudry.  

   Ce choix pouvait-il être différé ? Gustave Boudry conseiller municipal signalait lors du conseil du 31 mars 1921  « qu’il n’est pas urgent de désigner dès maintenant un architecte chargé de reconstruire les bâtiments communaux ». Il ajoute que « la ville n’est même pas encore propriétaire du terrain sur lequel sera reconstruit l’Hôtel de Ville ».

   Lors de cette séance de mars 1921, Jules Senis pèsera de tout son poids pour faire adopter le choix de Cordonnier. Pour lui « il n’est pas prématuré de désigner dès maintenant l’architecte qui pourra ainsi préparer son travail tout à loisir ». Le choix de Cordonnier était donc validé. Un choix mûrement réfléchi ou fait dans la précipitation ?

 

                  Arnaud WILLAY (parution dans La Voix du Nord, le 23 juillet 2011)

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    Le feuilleton de l'été 2011 : la reconstruction de l'Hôtel de Ville (épisode 6 sur 23)

 

L’histoire de la reconstruction de l’Hôtel de Ville est décidemment très compliquée. Les positions des élus, parfois divergentes, ne facilitaient pas la tâche du Maire et de l’architecte. Au point que même un pharmacien béthunois s’en est mêlé.

 

   Dans une lettre au Maire, le pharmacien Quiret souligne que suite à une pétition des commerçants, une délégation composée du Maire et de quelques conseillers municipaux s’était entretenue avec Louis-Marie Cordonnier. L’objectif était de savoir s’il ne pouvait pas envisager l’édification de l’Hôtel de Ville sur l’emplacement des maisons formant le massif du beffroi. Le pharmacien  expliquait que « Monsieur Cordonnier qui avait toujours indiqué la rue du rivage comme seul emplacement pouvant convenir à notre hôtel de ville vous aurait répondu : oui on peut construire la mairie au milieu de la place ».

   Le pharmacien s’étonnait du revirement de l’architecte lillois en interpellant le maire : « ne croyez-vous pas qu’une municipalité s’engage dans une voie dangereuse en s’arrêtant à une pétition?».

   Pour le pharmacien, l’argument des pétitionnaires de la rue du rivage pour ne pas y installer la mairie c’est le coût de l’expropriation. Et le pharmacien d’exiger que sa lettre soit lue en conseil municipal. Croyait-il que son courrier allait servir de remède pour solutionner le problème de la reconstruction de la mairie ?

 

              Arnaud WILLAY (parution dans La Voix du Nord, le 22 juillet 2011)

 

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