Histoire politique

JULES-SENIS.jpg En cette période électorale, le Sous-préfet de l’arrondissement de Béthune, comme tous les hauts fonctionnaires représentant l’Etat, a un devoir de réserve. L’hommage rendu en 1923 par le Maire de Béthune au Sous-préfet n’aurait pas été possible aujourd’hui. 

   « Lorsqu’il y a trois mois, le gouvernement de la République vous a conféré la haute distinction de Chevalier de la Légion d’honneur, vos amis et ils sont nombreux ont tous éprouvé la plus grande et la plus légitime satisfaction ». Ces mots prononcés il y a 84 ans jour pour jour, le 23 avril 1923, par Jules Senis résonnent comme un véritable hommage à Myrtyl Stirn qui fut Sous-préfet de Béthune dès 1918. Dans ce discours, le maire donne des indications précieuses sur la sous préfecture et sa situation après la première guerre mondiale.

   Au sortir de la guerre, la sous-préfecture se dressait au milieu des ruines. L’action du Sous-préfet Stirn fut alors décisive selon Senis « votre premier souci a été de vous établir un programme de travail pour la reconstitution de cette région dévastée et de vous tracer un itinéraire qui vous permettait de parcourir le plus rapidement possible votre arrondissement, d’en constater les ruines et les besoins les plus urgents ». La situation était telle qu’en 1918 on parlait de déblaiement de la ville. Le Ministre du Blocus et des régions libérées avait même promis d’affecter à la ville de Béthune 450 prisonniers allemands pour procéder aux travaux de déblaiement et d’assainissement de la ville.

   Toutefois, le déblaiement tant attendu tardait et le conseil de Béthune constatait le 8 décembre 1918 que « l’administration n’a rien fait pour enlever les matériaux qui encombrent la voie publique. Cette situation très dangereuse au point de vue de l’hygiène est désastreuse pour la reprise de la vie normale ». Autant dire que Béthune allait avoir besoin de l’énergie et de la détermination de son Sous-préfet pour faire entendre la voix de l’arrondissement de Béthune à Paris.

   Plus qu’un discours, ce document conservé aux Archives municipales de Béthune est un véritable témoignage sur les conditions qui régnaient à Béthune après 1918. Au delà de la situation béthunoise, il a le mérite de montrer l’implication de l’Etat, à travers l’action du Sous-préfet, pour effacer les traces d’une guerre traumatisante.

                    Arnaud Willay (parution dans La Voix du nord, le 29 avril 2007)

 

 Illustration : Jules Senis, maire de Béthune

Par Arnaud Willay - Publié dans : Histoire politique
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  pompidou.jpg Dans une semaine, les urnes rendront le verdict du premier tour de l’élection présidentielle. A chaque rendez-vous électoral, les observateurs locaux s’interrogent sur le choix des béthunois. En 1969, ils avaient émis un vote sans ambiguïté.

   Le 27 avril 1969, le non l’emporte au référendum sur la création des régions et la réforme du Sénat voulu par Charles De Gaulle. Désavoué, l’auteur de l’appel du 18 juin démissionna. Il provoqua ainsi des élections à la présidence de la République qui se déroulèrent les 1er et 15 juin 1969. Durant une campagne électorale réduite à un mois, sept candidats se sont affrontés au premier tour parmi lesquels Georges Pompidou qui incarnait le gaullisme et Alain Poher, Président du Sénat.

   Au soir du 1er juin, Pompidou arrive nettement en tête avec 44 % des suffrages exprimés. Une domination de Pompidou présente aussi à Béthune. Les 11503 béthunois votant l’ont placé en tête avec 5365 voix largement devant le candidat communiste Jacques Duclos qui obtenait 2427 voix, devançant Alain Poher (2040 voix). Béthune, comme le reste du pays, avait placé en ballottage nettement favorable Georges Pompidou qui fut Premier Ministre de 1962 à 1968.

   Pour mieux cerner et comprendre le vote des béthunois en faveur de Pompidou, on peut trouver des débuts de réponse en étudiant le contexte politique local. Après les événements de mai, le parisien Hubert Dupont Fauville, porté par la vague bleue de 1968, fut élu député de Béthune. Il représentait le parti gaulliste « Union pour la Défense de la République » qui soutenait Georges Pompidou.

   L’arrivée du candidat communiste en seconde position n’était pas une surprise. Dans son Histoire de Béthune Alain Derville signale qu’un an plus tôt aux législatives de « 1967-1968, à gauche, l’évolution fut bénéfique au parti communiste dont le responsable Edouard Carlier, élu député en 1962, devint conseiller général en 1967 ». Reste à savoir quel sera le choix des béthunois au premier tour de la présidentielle. Dans ce domaine, l’histoire reste à écrire !

Arnaud Willay (parution dans La Voix du Nord, le 15 avril 2007)

Par Arnaud Willay - Publié dans : Histoire politique
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LOUIS-PHILIPPE-IER.jpg Il y a des mois de l’année qui sont parfois dangereux pour le pouvoir en place. Le mois d’avril 1846 aurait pu être fatal à Louis-Philippe Ier.

   Le 16 avril 1846 un attentat est perpétré contre le Roi Louis-Philippe Ier à Fontainebleau. Celui qui fut Roi des français depuis 1830 avait bien failli perdre la vie et le pouvoir dans des circonstances dramatiques.

   Louis Philippe arriva au pouvoir à la faveur d’un soulèvement populaire ce qui lui valut le surnom de « Roi des barricades ». Il mena une politique qui favorisa la grande bourgeoisie. Dès 1846, le Roi devra affronter une crise financière qui entama sa popularité et favorisa le développement de l’opposition. Une opposition très présente durant son règne à un tel point qu’il fut victime de plusieurs attentats, notamment en 1835 et en 1846.

   Le 25 avril 1846, le conseil municipal de Béthune vote une adresse au Roi pour exprimer son indignation face à cet acte de contestation. La pratique des adresses au pouvoir en place était fréquente au dix neuvième siècle. On en retrouve régulièrement dans les registres des délibérations du conseil municipal de Béthune. Les occasions étaient diverses pour féliciter l’action du pouvoir : naissance, attentat, réussite dans la politique extérieure…..

   Ainsi, le 21 mars 1856 à l’occasion de la naissance du prince impérial « le conseil municipal de Béthune organe des sentiments de la population remercie de la providence de cette nouvelle faveur, qui comble les vœux de sa majesté et réalise les plus chères espérances du pays ».

   Le 19 janvier 1858 une adresse a été envoyée à l’Empereur des français à l’occasion de l’attentat dirigé contre lui le 14 janvier « le conseil municipal de Béthune pénétré de reconnaissance envers la providence qui a fait échouer l’exécrable tentative dirigée contre l’Empereur et sa noble compagne dépose à leur pied l’hommage de son respectueux dévouement ».

   Le 24 juillet 1859, le conseil envoya une adresse de félicitation à l’Empereur à l’occasion de la victoire de l’armée d’Italie et de la conclusion de la paix : « la Ville de Béthune dépose à vos pieds l’hommage de la profonde admiration….prenant en main la défense d’un peuple opprimé, vous avez conduit votre armée de victoire en victoire à des triomphes qui ont encore agrandi son prestige et montré qu’elle pouvait conquérir le monde ».

 Arnaud Willay (parution dans La Voix du nord, le 22 avril 2007)

Illustration : Louis-Philippe Ier

Par Arnaud Willay - Publié dans : Histoire politique
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Le 14 janvier 1858, le régime dirigé par l'empereur Napoléon III a failli vaciller. C'est à cette date qu'il a été victime d'un attentat. Les conséquences de cet acte ont connu des répercussions jusqu'à Béthune.

 

    C'est au début du mois de janvier 1858 que l'empereur Napoléon III et l'impératrice Eugénie échappent à un attentat perpétré par le révolutionnaire italien Felice Orsini. Orsini qui prônait la réunification italienne reprochait à Napoléon d'entraver l'unification du pays.

   Il est intéressant de voir que cet attentat a eu un retentissement jusque dans les communes. C'est en tout cas ce que montrent les archives de celles-ci. A Béthune, la délibération prise le 19 janvier 1858, conservée aux Archives municipales, l'illustre bien.

   Afin de montrer son indignation, Henri De Bellonnet, Maire, a fait adopter une Adresse à sa majesté l'empereur des français : « Un attentat monstrueux qui soulèvera l'indignation du monde entier, vient de mettre en péril les jours de votre majesté. les machinations les mieux ourdies ne prévaudront jamais contre la volonté qui associé la France à votre destinée. le Conseil municipal pénétré de reconnaissance envers la providence qui a fait échouer l'exécrable tentative dirigée contre l'Empereur et sa noble compagne dépose à leur pied l'hommage de son respectueux dévouement ».

   Cette réaction béthunoise qui s'apparente à de la soumission au régime en place n'était guère étonnante. Napoléon III qui s'était fait proclamé Empereur le 2 décembre 1852 exerça un pouvoir absolu. La Constitution de 1852 consacrait les pouvoirs d'un seul homme. Les institutions en apparence démocratiques avaient pour but de conforter le pouvoir personnel de Napoléon III.

   Le Maire de Béthune fut d'ailleurs confirmé par le pouvoir en place par un décret de 1852. Les rares voix d'opposition, parmi lesquelles l'opposition républicaine, furent muselées. Cette situation nous éclaire sur le rôle du Maire durant le Second Empire. Le Maire était en fait sous tutelle. Tout au long du 19ème siècle, il est considéré comme le prolongement du bras de l'Etat. Sous Napoléon III, le Maire est nommé par le chef de l'Etat ou par le Préfet. Il était en fait à la botte du pouvoir en place. A Béthune comme ailleurs, on était bien loin des idéaux républicains proclamés par l'actuelle Constitution de 1958.

 

           Arnaud Willay (parution dans La Voix du Nord, le 14 janvier 2007)

  Illustration : Napoléon III

  

Par Arnaud Willay - Publié dans : Histoire politique
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Qu'allez vous faire ce dernier jour de l'année ? Sans doute préparer le réveillon mais aussi peut être tirer le bilan de l'année écoulée. En 1922, la presse béthunoise avait dressé un bilan de l'année négatif.

   « Il n'est pas probable que d'abondantes fleurs soient déposées sur la tombe de cette pauvre année 1922 qui n'a rendu de services à personnes ». A la lecture des éditions de la presse locale des 30 et 31 décembre 1922, cette année n'a guère été florissante pour le pays : « la France se dépeuple rapidement. Contre la mortalité qui ravage non seulement nos villes mais encore nos villages rien que des lois d hygiène que personne n applique et des projets de loi qui dorment aux oubliettes du Parlement ». Sur le plan national, 1922 a été marqué par une certaine instabilité politique illustrée par la démission du Président du Conseil Aristide Briand. Sur le plan international, les perspectives n'étaient pas réjouissantes. En Italie, le Parti National Fasciste incarné par Benito Mussolini prenait le pouvoir.
   Mais quel bilan pouvait-on tirer à Béthune de l'année 1922 ? La situation financière de la ville constitue souvent un indicateur précieux pour juger de sa santé. Lors du conseil municipal du 3 novembre, les propos de Monsieur Fontaine, conseiller municipal, rapporteur du budget étaient prudent : « nous ne pouvons, nous ne devons pas encore, en 1923, atteindre la stabilisation des budgets d'avant guerre. Néanmoins, à certains indices, il est permis d'en prévoir le retour ».
   A l'espoir de voir s'assainir la situation financière, succédait aussi un autre message encourageant. Celui apporté par Monsieur David lors du conseil du 31 mai 1922, rapporteur des travaux de la Commission municipale en vue d'élaborer le plan de reconstruction de la ville et des édifices municipaux : « Sans doute le programme est il encore loin de son achèvement. On peut estimer qu'un assez long chemin, hérissé de difficultés particulières a été parcouru dans la voie des réalisations totales. On, peut exprimer l'espoir que la marche en avant ne sera ni arrêté ni ralentie ». Ce qui est certain, c'est que l'action des élus ne sera ni arrêtée ni ralentie pour la reconstruction d'un nouvel Hôtel de Ville. La discussion houleuse qui s'était tenue en conseil le 28 juillet 1922 a abouti à une déclaration sans ambiguïté pour l'édification de la mairie: « il faut que chacun prenne ses responsabilités, nous ne devons pas laisser l'impression de polichinelles, ayons le courage d'une décision ». A défaut d'avoir été décisive pour Béthune, l'année 1922 aura au moins été constructive !

              Arnaud Willay (parution dans La Voix du Nord, le 31 décembre 2006)

Par Arnaud Willay - Publié dans : Histoire politique
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En cette période pré électorale, les candidats arpentent le pays pour défendre leurs idées. La presse béthunoise du 29 octobre 1925 relate la visite du Sous-secrétaire d'Etat aux régions Libérées. C'était le 24 octobre et on parlait plutôt gros sous.  
   Après la première guerre mondiale, suite aux destructions subies par de nombreuses régions françaises, ledit secrétariat une position stratégique. Sept ans après la fin de la guerre, Béthune accueillait Jammy Schmidt (1872-1949).
   Jammy Schmidt fut reçu à Béthune dans une mairie provisoire. En effet, les bombardements de 1918 avaient détruit l'Hôtel de ville, qui n'était pas encore reconstruit en 1925. Et pour cause ! Le conseil municipal du 3 septembre 1925 avait seulement décidé la mise au concours d'un projet de l'Hôtel de ville ouvert aux architectes du Nord-Pas-de-Calais.
Le Ministre exprima au Maire Alexandre Ponnelle « les difficultés financières de l'heure présente et fait appel pour les surmonter à l'union de tous les français » en promettant « son concours au relèvement des régions dévastées par la guerre ». Un concours de l'Etat que Alexandre Ponnelle sollicita sans réserve en demandant au Ministre l'autorisation de contracter un emprunt de 6 millions à prendre sur les dommages de guerre de la ville en vue de la reconstruction des bâtiments communaux et l'autorisation d'acheter un terrain pour l'aménagement d'un stade municipal dont la dépense serait imputée sur la valeur 1914 des dommages. Une demande d'aide financière qui n'était surement pas faite au hasard. En effet, Jammy Schmidt était en charge des Régions libérées mais occupait aussi le poste de Sous-secrétaire d'Etat aux finances. Le Ministre promit de se faire l'avocat de Béthune auprès du gouvernement dirigé par Paul Painlevé.
   Pour comprendre la requête d'Alexandre Ponnelle, il faut se replacer dans le contexte de l'époque. A bien des égards, 1925 constitue un tournant dans la reconstruction de la ville. L'exemple de celle de la mairie est significatif. Alexandre Ponnelle lors de son élection le 17 mai 1925, quelques mois avant cette visite ministérielle, a décidé d'annuler le projet de reconstruction de l'Hôtel de ville présenté par Cordonnier. Il faut dire que la ville avait comme dommages de guerre pour la reconstruction de son Hôtel de ville 1 016 753 francs. Or, le projet "grandiose" selon les termes employés à l'époque présenté par Cordonnier aurait couté 3 500 000 francs ! Un investissement hors de question pour Emile Pignon, Premier adjoint au Maire, qui déclara au conseil du 2 juillet 1925 que « le moment des vaches grasses est passé et que la situation de la ville est actuellement la même que celle des sinistrés qui attendent encore le règlement de leurs dommages ». La visite de Jammy Schmidt, quatre mois après l'arrivée d'Alexandre Ponnelle tombait à point nommé.

               Arnaud Willay (parution dans La Voix du Nord, le 29 octobre 2006)
Illustration : la mairie détruite en 1918.

Par Arnaud Willay - Publié dans : Histoire politique
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   Durant ce premier week end du mois de septembre, Béthune connaît les festivités très Rock and Roll liées à Béthune Rétro. Au début septembre 1922, l’ambiance était moins festive. La France apprenait le décès du député socialiste et ancien Ministre des Travaux publics Marcel Sembat. Béthune, elle, rendait hommage à son conseiller municipal : Martial Marquant.

 

    Les premiers jours de septembre 1922 ont été marqués par le décès d’un conseiller municipal, Martial Marquant. Plus qu’un collègue, le Maire Jules Senis perdait un véritable ami. C’est en tout cas ce qui ressort de son discours prononcé lors des funérailles du 6 septembre dans lequel le Premier Magistrat apportait « son suprême adieu à celui qui fut un ami sincère et un collègue dévoué aux intérêts de ses concitoyens ». L’intérêt de ce type d’éloge funèbre est certain. Il retrace les actions de l’élu et montre son implication dans la vie politique locale.

   Celui qui fut conseiller municipal depuis mai 1912 (lors de l’élection de Pierre Rinquin) a eu un rôle de premier ordre durant la première guerre mondiale. Il fut délégué par le conseil à la Commission des réfugiés. A l’époque, Béthune avait du recevoir les premiers évacués venant de Maubeuge et du Nord du pays. Il s’occupa aussi durant la guerre du ravitaillement en vivre de Béthune. En effet, il fut nommé le 23 mars 1917 à la Commission spéciale chargée de gérer le magasin municipal de ravitaillement. Une instance qui avait pour but d’étudier les moyens à employer pour ravitailler les béthunois. Elle pouvait aussi instaurer la vente à la population des denrées à des pris réduits.

   Un dévouement à la cause municipale qui ne doit pas faire oublier qu’il était très occupé par son métier d’affréteur et d’agent de la Compagnie d’assurances générales. La aussi, on peut noter qu’il a eu un rôle important durant le premier conflit mondial. Il fut désigné au Comité permanent siégeant au Ministère des travaux publics pour organiser les transports fluviaux dans le Nord, au départ de Béthune. Un poste d’autant plus important qu’en 1916, la nécessité d’une organisation rationnelle des transports par l’eau se faisait sentir. En cette période de guerre, la gestion des transports était vitale, notamment pour l’approvisionnement des usines travaillant pour la défense nationale.

Après 1918, c’est lui qui réorganisa le transport dans la ville et participa avec la Chambre de commerce et d’industrie à la création de la bourse d’affrètement. La bourse allait permettre la gestion des opérations de transport fluvial de marchandises pratiquées par les bateliers. C’était le dernier grand dossier géré par Martial Marquant avant sa mort, quatre ans après la fin de la guerre.

 

          Arnaud Willay (parution dans La Voix du Nord, le 3 septembre 2006)

  

 Illustration : Jules Senis, Maire de Béthune de 1907 à 1908 et 1919 à 1925.

 

Par Arnaud Willay - Publié dans : Histoire politique
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Les habitués de notre rubrique estivale « le nez en l’air » peuvent découvrir au fil des articles que l’histoire permet de prendre un peu de hauteur. De la hauteur, il n’en était pas question dans la chronique présente dans la presse locale en…1902. Le béthunois qui l’animait tenait au contraire des propos très « terre à terre ».
   Dans les années d’avant-guerre, la presse regorgeait de témoignages qui nous renseignent sur le climat d’une époque. Le récit développé par un vieux béthunois durant l’été 1902, un certain Saint-Sair, est particulièrement précieux. Dans le petit béthunois du 14 août 1902, il livre sa vision de la politique nationale. Des propos qui donnent des indications notables sur l’état de la République ou la question du cléricalisme.
   Il estimait ainsi avoir « eu pendant des années et des années des gouvernements mollassons qui n’ont pas su profiter des circonstances et des majorités que leur envoyait le suffrage universel pour réaliser les principaux articles du vieux programme républicain… ». Des propos amers peu étonnant quand on sait que la Troisième République (1870-1940) a consacré la démocratie mais l’a aussi confisquée. En évoquant les majorités envoyées par le suffrage universel, peut-être que notre béthunois pensait au triomphe électoral des républicains emmenés par Gambetta aux élections de février-mars 1876 obtenant 360 élus contre 170 aux conservateurs ! Sans aller si loin, les circonstances politiques favorables évoquées dans ce témoignage étaient valables en 1902 : quelques semaines avant ces propos, n’oublions pas que les élections d’avril-mai furent triomphales pour le parti radical et Emile Combes. Celui-ci se rallia avec les socialistes au travers de la majorité nommée « Bloc des gauches ou Bloc républicain » qui existait aussi à Béthune.
   Une République qui était pourtant bien installée car il estimait que « le souffle républicain s’est malgré tout répandu sur le pays… la preuve, c’est que malgré leur tapage et leurs clameurs, les cléricaux n’arrivent pas au résultat qu’ils auraient escompté un moment». Le cléricalisme constituait une des grandes questions de cette période de la troisième République. Rien d’étonnant donc à ce que ces propos rapportés dans la presse évoquent une position défavorable à l’essor du cléricalisme. De propos qui relayaient en quelque sorte l’action du gouvernement. Celui-ci dirigé par Emile Combes mena un combat anticlérical remarqué et tenace. La fermeture des écoles congréganistes avait même fait hurler les catholiques ! A Béthune, ce contexte lié à la question religieuse pouvait mettre en cause l’existence même de la confrérie des charitables. Fort heureusement, elle fut sauvée grâce à l’intervention de la municipalité béthunoise dirigée par le Républicain Alfred Legillon.

                   Arnaud Willay (parution dans La Voix du Nord, le 13 août 2006)

Illustration : Alfred LEGILLON, Maire de Béthune de 1892 à 1907.

Par Arnaud Willay - Publié dans : Histoire politique
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Il y a quelques jours, Hubert Dupont-Fauville est décédé à Aix en Provence. Cette disparition donne l’occasion de se remémorer une tranche d’histoire politique de la circonscription de Béthune.
   C’est à la fin des années soixante qu’Hubert Dupont-Fauville s’intéressa à Béthune. Les plus anciens se souviennent sans doute de l’élection de ce député en 1968 pour l’UDR (Union des Républicains de progrès) dans un contexte particulier lié aux événements de mai 1968. A la fin des années soixante, une vague de grèves ouvrières, sans précédent depuis 1936 se développa en France. La fermeté de De Gaulle, la mobilisation de ses partisans et l’appel aux électeurs après la dissolution de l’assemblée nationale rétablissent la situation en juin 1968.
   L’analyse des archives politiques des législatives de 1973 a le mérite de montrer clairement qu’en quelques années, la vie politique a véritablement évolué. Retour sur une campagne électorale qui a bien mis en exergue les positons d’Hubert Dupont-Fauville, dont le parti soutenait le Président Pompidou.
Les élections législatives des 4 et 11 mars 1973 s’annonçaient indécises. Hubert Dupont-Fauville allait devoir affronter plusieurs candidats parmi lesquels Simon Puchalski (Adjoint au Maire de Béthune, Centre démocratie et progrès), Jacques Mellick (Parti socialiste), René Dhaisne (Centre démocrate, mouvement réformateur) et Edouard Carlier (Parti communiste).
   Le député sortant voulait faire passer un message clair contre son adversaire principal : Edouard Carlier. Son tract électoral distribué avant le premier tour était d’ailleurs sans équivoque et montre le climat qui régnait à l’époque après le chaos de 1968 : «Faisans miroiter un programme commun de gouvernement de la Gauche, pour prendre le pouvoir, les communistes ne tarderaient pas à instaurer un régime totalitaire avec son parti unique…La mise hors la loi de toute opposition démocratique, la suppression des exploitations agricoles, des artisans, des petites et moyennes entreprises ». En effet, aux élections de mars 1973, l’opposition de gauche socialiste et communiste était unie dans un Programme commun de gouvernement.
   Après le premier tour, un constat s’imposait : la circonscription de Béthune avait majoritairement votée à Gauche, mais était ce vraiment une surprise ? Devancé par Edouard Carlier, Hubert Dupont-Fauville ne s’attendait pas à être en deuxième position pour affronter le second tour. Le député sortant jeta toutes ses forces dans la bataille en lançant un appel à la mobilisation contre Edouard Carlier « le retour au passé…ou la continuation d’une action, tel est le seul enjeu de ce second tour ». L’élection d’Edouard Carlier (26134 voix contre 21122 à Hubert Dupont-Fauville) marqua la reconquête par la gauche de la circonscription de Béthune.

   Les résultats électoraux de Béthune étaient à contre courant des résultats nationaux. La majorité de droite, quoique en recul, l’emporte, grâce au second tour, à l’appoint des électeurs centristes hostiles au Programme commun de la Gauche. Battu aux municipales de 1971 et aux législatives de 1973, Hubert Dupont-Fauville ne put s’implanter durablement dans la neuvième circonscription.

                Arnaud Willay (parution dans La Voix du Nord, le 2 février 2003)

Par Arnaud Willay - Publié dans : Histoire politique
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   En cette fin de mois de juin, les édiles béthunois n’ont pas prévu de déplacement particulier dans une des villes jumelées. A la fin juin 1965, l’agenda du Maire de Béthune prévoyait pourtant un déplacement dans la ville belge de Courtrai.
   Le 27 juin 1965, avant la période estivale, une délégation d’élus béthunois était invitée à se rendre dans la ville voisine de Courtrai. Une visite pour entretenir un jumelage ou une amitié particulière entre Béthune et la ville de Flandre occidentale ?
En 1965, Béthune était bien jumelée avec Schwerte mais n’avait pas de liens similaires avec Courtrai.
   En fait, c’est dans le cadre de festivités patriotiques organisées par les sociétés de Courtrai, que les édiles béthunois ont accompagné le Comité d’entente des anciens combattants et anciens militaires de Béthune. Il s’agissait pour les belges de célébrer le 25ème anniversaire du début en Belgique de la seconde guerre mondiale et le 20ème anniversaire de la fin du conflit. Le Maire Henri Pad accompagné de deux de ses adjoints André Brehon et Jacques Appourchaux avait donc répondu favorablement à l’invitation du bourgmestre Lambrecht.
Dans son allocution à l’adresse du bourgmestre et des échevins, Maître Pad a évoqué le rapprochement des peuples français et belges grâce à une histoire commune : « en 1914, nous devions faire front une première fois contre l’envahisseur, renouvelant cette invasion en 1940…C’est la que nous devions forger dans le malheur des guerres une amitié éternelle… ».
Des propos qui montrent que la relation d’amitié naissante franco belge a des explications historiques.
   Comme Béthune, Courtrai a un passé riche qui s’est parfois heurté à celui de la France. Parmi les grands événements ayant marqué la ville belge figure la bataille des éperons d’Or du 11 juillet 1302. A l’occasion de celle-ci, la ville fut occupée par les troupes françaises. Courtrai fut donc témoin de l’affrontement entre le Roi de France Philippe IV le Bel et les milices communales flamandes. Un conflit synonyme de déroute pour les troupes françaises. Des relations franco belges qui se sont fort heureusement pacifiées.
Quatre ans après la visite de la délégation béthunoise, un pacte d’amitié fut signé en septembre 1969 entre les deux villes de l’Europe du Nord. Un rapprochement qui allait dans le sens du développement de l’idée européenne après 1945. Mais qui n’allait pas durer.

                      Arnaud Willay (parution dans la Voix du Nord, le 25 juin 2006)

Illustration : Comme celui de Béthune, le beffroi de Courtrai est classé au patrimoine mondial de l'Unesco.

Par Arnaud Willay - Publié dans : Histoire politique
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