Il y a quelques jours, Hubert Dupont-Fauville est décédé à Aix en Provence. Cette disparition donne l’occasion de se remémorer une tranche d’histoire politique de la circonscription de Béthune.
   C’est à la fin des années soixante qu’Hubert Dupont-Fauville s’intéressa à Béthune. Les plus anciens se souviennent sans doute de l’élection de ce député en 1968 pour l’UDR (Union des Républicains de progrès) dans un contexte particulier lié aux événements de mai 1968. A la fin des années soixante, une vague de grèves ouvrières, sans précédent depuis 1936 se développa en France. La fermeté de De Gaulle, la mobilisation de ses partisans et l’appel aux électeurs après la dissolution de l’assemblée nationale rétablissent la situation en juin 1968.
   L’analyse des archives politiques des législatives de 1973 a le mérite de montrer clairement qu’en quelques années, la vie politique a véritablement évolué. Retour sur une campagne électorale qui a bien mis en exergue les positons d’Hubert Dupont-Fauville, dont le parti soutenait le Président Pompidou.
Les élections législatives des 4 et 11 mars 1973 s’annonçaient indécises. Hubert Dupont-Fauville allait devoir affronter plusieurs candidats parmi lesquels Simon Puchalski (Adjoint au Maire de Béthune, Centre démocratie et progrès), Jacques Mellick (Parti socialiste), René Dhaisne (Centre démocrate, mouvement réformateur) et Edouard Carlier (Parti communiste).
   Le député sortant voulait faire passer un message clair contre son adversaire principal : Edouard Carlier. Son tract électoral distribué avant le premier tour était d’ailleurs sans équivoque et montre le climat qui régnait à l’époque après le chaos de 1968 : «Faisans miroiter un programme commun de gouvernement de la Gauche, pour prendre le pouvoir, les communistes ne tarderaient pas à instaurer un régime totalitaire avec son parti unique…La mise hors la loi de toute opposition démocratique, la suppression des exploitations agricoles, des artisans, des petites et moyennes entreprises ». En effet, aux élections de mars 1973, l’opposition de gauche socialiste et communiste était unie dans un Programme commun de gouvernement.
   Après le premier tour, un constat s’imposait : la circonscription de Béthune avait majoritairement votée à Gauche, mais était ce vraiment une surprise ? Devancé par Edouard Carlier, Hubert Dupont-Fauville ne s’attendait pas à être en deuxième position pour affronter le second tour. Le député sortant jeta toutes ses forces dans la bataille en lançant un appel à la mobilisation contre Edouard Carlier « le retour au passé…ou la continuation d’une action, tel est le seul enjeu de ce second tour ». L’élection d’Edouard Carlier (26134 voix contre 21122 à Hubert Dupont-Fauville) marqua la reconquête par la gauche de la circonscription de Béthune.

   Les résultats électoraux de Béthune étaient à contre courant des résultats nationaux. La majorité de droite, quoique en recul, l’emporte, grâce au second tour, à l’appoint des électeurs centristes hostiles au Programme commun de la Gauche. Battu aux municipales de 1971 et aux législatives de 1973, Hubert Dupont-Fauville ne put s’implanter durablement dans la neuvième circonscription.

                Arnaud Willay (parution dans La Voix du Nord, le 2 février 2003)

Par Arnaud Willay - Publié dans : Histoire politique
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