A priori, la date du 18 octobre n’est pas restée dans les annales de l’histoire nationale. Les férus d’histoire religieuse connaissent eux sa signification. Zoom sur le 18 octobre 1685.
C’est le 18 octobre 1685 que Louis XIV révoque l’édit de Nantes. Une décision qui met un terme à plus de 80 ans de tolérance religieuse. De quoi s’agissait-il ? En fait le Roi soleil ne pouvait accepter que plusieurs religions coexistent dans son royaume. De ce fait, le protestantisme interdit, la religion catholique était la seule autorisée.
Le protestantisme, parlons-en à Béthune. Il n’a en fait pas marqué le passé religieux de la ville. Tout juste, peut-on trouver quelques traces dans les
délibérations du conseil municipal. Comme le 28 novembre 1865 où le Maire Charles Dellisse-Engrand donne communication d’une lettre du Sous-préfet demandant l’avis du conseil sur «
la part contributive de la ville dans l’indemnité de logement à accorder au pasteur du culte
protestant ».
La réponse formulée par l’assemblée communale 180 ans après la révocation de l’édit en disait long sur l’état
du protestantisme : « considérant qu’il n’y a à Béthune qu’un très petit nombre de protestant…le conseil est d’avis...de réduire de sept francs
à six francs l’indemnité de logement allouée au Pasteur ».
Arnaud WILLAY (parution dans La Voix du Nord, le 18 octobre 2009)
Depuis le début du mois de mai, les festivités s’enchaînent à
Béthune. C’est le cas ce week end avec celles liées au pardon de la batellerie. Loin des animations actuelles, le mois de mai 1931 fut endeuillé par la mort du chanoine
Pruvot.
Si les maires ont laissé une trace dans l’histoire de la ville, le chanoine Pruvot, archiprêtre de Béthune, aura marqué de son empreinte l’histoire religieuse. A en croire l’émotion suscitée à Béthune par sa mort le 14 mai 1931, on ne peut que prêter une attention particulière à l’action de ce religieux.
Ce fils d’instituteur fut ordonné prêtre en 1907. Son passage à Arras a fait de lui un savant ecclésiastique. C’est le 13 septembre 1923, à 41 ans, que l’archiprêtre arrive à Béthune, cité tout juste remise de quatre années de guerre.
Alors que les autorités civiles œuvraient à la reconstruction de la
ville, le chanoine Pruvot restaurait la vie religieuse. Une restauration symbolisée par l’édification de l’église Saint-Vaast. Le religieux était omniprésent durant la construction de l’édifice
dessiné par Louis-Marie Cordonnier, encourageant même les ouvriers. Ce grand orateur était aussi un homme d’œuvres et d’action : organisation de congrès catholiques réunissant chaque année
plus de 5000 personnes, inauguration du calvaire du cimetière de Notre Dame du Perroy. Des actions qui justifiaient l’hommage rendu par les béthunois il y a soixante-dix-huit ans.
Arnaud WILLAY (parution dans La Voix du Nord, le 24 mai 2009)
Illustration : le
chanoine Pruvot (1882-1931), archiprêtre de Béthune
C’était un 17 janvier. En 1562, le Roi Charles IX signa un document peu connu du grand public appelé l’édit de janvier. Des répercussions à Béthune ?
Poussé par sa mère Catherine de Medicis, le roi Charles IX appose sa signature sur l’édit de janvier à Saint-Germain-en-Laye. Cet édit autorise la liberté de culte aux protestants à l’extérieur des villes fortifiées. Une décision qui avivera la colère entre les catholiques et les protestants. Une haine qui débouchera sur les guerres de religion.
A Béthune, le protestantisme n’a jamais réussi véritablement à percer. Une situation confirmée en 1865. En effet, dans une délibération du 28 novembre 1865 concernant des indemnités de logement à accorder au pasteur du culte protestant, on signale que « considérant qu’il n’y a à Béthune qu’un très petit nombre de protestant, que ce nombre a encore diminué depuis des années, le conseil est d’avis qu’il y a lieu de réduire de sept francs à six francs l’indemnité de logement alloué au pasteur ».
En fait, le catholicisme était la religion dominante en ville. Une domination cautionnée par les autorités locales.
A côté de l’attachement au catholicisme, on peut dire que la
religion a marqué le passé de la ville. Signalons l’importance des communautés religieuses (couvent des capucins, sœurs de la charité) et des décisions marquantes : celle prise par Charles
Quint ordonnant le déplacement de l’église Saint-Vaast est souvent citée.
Arnaud Willay (parution dans La Voix du Nord, le 18 janvier 2009)
Dans le cadre des festivités de noël, la Maison du tourisme propose dès ce matin 10 heures de découvrir le passé de l'église Saint Vaast. Rencontre avec Anne Moitel qui vous guidera lors de la visite.
« C'est la première fois que l'on fait visiter l'église Saint Vaast dans le cadre des festivités de noël. Cela répond à la thématique développée par la cité de Noël ». Effectivement, la visite de la monumentale église Saint Vaast qu'animera ce matin Anne Moitel, guide à la Maison du Tourisme, est de circonstance à l'approche de cette fête religieuse qu'est Noël.
Durant cette visite qui s'annonce instructive, Anne compte « valoriser le mobilier (autel Lefebvre-Lenclos), les vitraux, l'iconographie et les statues ». Elle n'oubliera pas de mettre en exergue le riche passé de l'église : « la visite débute par l'évocation de l'ancienne église Saint Vaast qui se situait extra muros. Ce n'est qu'en 1533 que Charles Quint décide de construire l'église intra muros. Ensuite, je mets l'accent sur la reconstruction de l'église après 1918». En effet, comment ne pas évoquer cette période centrale de la Reconstruction de Béthune et de son église après la première guerre mondiale. Après ce conflit, c'est l'architecte lillois Louis Marie Cordonnier qui a été chargé de reconstruire une église qui n'a pas été épargnée par les bombardements ennemis.
Pour financer la reconstruction, la ville décida d'adhérer en 1921 à la coopérative de reconstruction des églises du diocèse d'Arras à condition que Cordonnier reste l'architecte du projet. Inaugurée en mars 1927, Saint Vaast est une des églises qui a coûté le plus cher à réédifier dans le département.
A côté de la grande Histoire, Anne Moitel vous livrera de nombreuses anecdotes sur les vitraux notamment le vitrail de Saint Vaast : «sur lequel Clovis précédé de ses soldats porte le casque de la guerre 14-18. Un anachronisme qui peut être compris comme un clin d'oeil à la reconstruction ». Anne poursuit en évoquant un autre vitrail, celui de la nativité : « Dans ce vitrail, la vierge porte un voile blanc et sur son front une Croix Rouge ». On peut sans doute y voir un hommage à la Croix Rouge qui a beaucoup oeuvré entre 1914 et 1918. Le comité international de cette organisation humanitaire n'a-t-il pas reçu en 1917 le prestigieux prix Nobel de la paix. Alors, si vous voulez en savoir plus sur la petite histoire de l'église, n'hésitez pas à participer à cette visite matinale !
Arnaud Willay (parution dans La Voix du Nord, le 10 décembre 2006)
L'église Saint Vaast fut décorée par un atelier de sculpture beuvrygeois...le même auquel on consacre une exposition à l'hôtel de Beaulaincourt.
Depuis samedi dernier, l'art sacré s'expose à l'hôtel de Beaulaincourt. Une manifestation qui rend hommage à l'atelier de sculpture Lefebvre-Lenclos, créé à Beuvry en 1875, spécialisé dans le mobilier d’église et la création de statues de saints. Les documents exposés nous en apprennent un peu plus sur le fondateur de l’atelier.
« Le conseil approuve et autorise Monsieur le Maire a signer un traité avec monsieur Lefebvre-Lenclos pour la fourniture desdits confessionnaux aux prix net et forfaitaire de 28 000 francs ». Cette délibération du Conseil de Béthune prise le 9 mai 1928 pour la fourniture de 4 confessionnaux destinés à l’église Saint Vaast fraîchement reconstruite apparaît comme une concrétisation du travail réalisé par Léopold Lefebvre et Camille Lenclos.
Et pourtant, le talent d’un des deux associés, Léopold Lefebvre a bien eu du mal à être reconnu. Une correspondance conservée aux Archives départementales du Pas-de-Calais en date du 26 février 1870 met en exergue les difficultés qu’il a eu pour s’instruire.
L’intervention décrite dans cette lettre, celle d’un certain Vandersippe professeur au collège de Béthune auprès du Préfet fut décisive : En demandant une bourse d’étude, il explique que « le jeune Lefebvre…est désireux de poursuivre le but de ses aspirations artistiques.. ». Par ailleurs, le Préfet devait lui « désigner un atelier de sculpture, du moins de taille d’ornementation où il pourrait faire son apprentissage ».
La réponse du représentant de l’Etat fut à la fois décevante et pleine d’espoir : « il n’existe pas au budget du département de crédit sur lequel je puisse accorder au jeune Lefebvre la subvention que vous me faites l’honneur de nous demander, mais la ville de Béthune à défaut de la commune de Beuvry, ne refusera pas de fournir à ce jeune homme les premiers moyens d’instruction ».
Il n’était donc pas surprenant de trouver quelques mois après dans une délibération du conseil municipal de Béthune du 21 mai 1870 la trace de l’admission du jeune Léopold Lefebvre à l’école de dessin académique de la cité de Buridan. Un document visible en ce moment à Beaulaincourt dans lequel on apprend que « monsieur Vandersippe se porte auprès de Monsieur le Maire le garant des heureuses dispositions dont le jeune homme est doué pour le dessin et la sculpture ». Finalement, en proposant ses services pour la décoration de la monumentale église Saint Vaast, Léopold Lefebvre ne pouvait adresser plus beau remerciement à la ville de Béthune.
Exposition Atelier Lefebvre-Lenclos, 100 ans d’art sacré, visible du 16 septembre au 29 octobre, Hôtel de Beaulaincourt.
Arnaud Willay (parution dans La Voix du Nord, le 24 septembre 2006)
De nos jours, les béthunois apprécient l'existence d'une institution unique en France : la confrérie des charitables. Ils viennent d'être sollicités à l'occasion de ce qu'on appelle la quête des petits plombs.
Dans le passé, les charitables distribuaient des petits plombs en échange d'une somme d'argent. En fonction de leur considération pour la confrérie, les familles prenaient autant de plombs qu'elles désiraient. De nos jours, la distribution des petits plombs a disparu mais les confrères passent toujours dans chaque foyer recevoir un peu d'argent.
Les charitables ont une histoire aussi lointaine que prestigieuse. En 1188, la paix est signée entre le Roi de France et le comte de Flandre. Cette année est aussi marquée par l'apparition de la peste. Germon et Gauthier, deux maréchaux-ferrants avaient foi en leur patron : saint Eloi. Pendant leur sommeil, il leur conseilla de fonder une confrérie pour porter les défunts en terre : "Fonde une charité et une chandelle en mon nom ; cette chandelle guérira les maladies et les bêtes vivantes qui ont la maladie dont je guéris par la grâce de notre seigneur et qui auront en elle foi et croyance".
Le 21 septembre, Germon de Beuvry et Gauthier de Béthune se rencontrent donc à la source de Quinty, à la limite des deux communes et s'inquiètent de la situation dramatique qui touche la population. C'est dans ce contexte qu'ils décidèrent de créer une confrérie afin de donner du pain aux pauvres, des soins aux malades, de consoler les mourants et surtout ensevelir les corps.
Peu à peu, ils seront rejoints par des habitants de Béthune et Beuvry. Grâce à leur action, la peste recula mais les charitables continuèrent leur mission au fil des siècles.
Depuis 1188, la confrérie reste fidèle à sa devise : Exactitude (par respect pour le défunt), Union (derrière les prévôts et mayeurs sans faillir à leurs devoirs) et Charité (services totalement gracieux). De nos jours, les charitables, qui font partie intégrante de l'histoire de Béthune ont deux missions principales : porter les morts en terre et secourir les déshérités.
A. Willay (parution dans La Voix du nord, le 30 juin 2002)
Illustration : Statue de Saint-Eloi, patron des Charitables
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