Aujourd'hui se déroule la procession à naviaux. Si le passé de la confrérie remonte au 12ème siècle, de grandes dates jalonnent son histoire. C’est le cas de l’année 1924.
C’est en septembre 1924 que le grand conseil de la confrérie a nommé Victor Daquin nouveau doyen, suite au décès du doyen Dubuisson Despretz. Celui qui fut mayeur en 1904, prévôt en 1909 devient doyen en 1924. Lors de son intronisation, Victor Daquin ne manqua pas de rappeler qu’il ferait tout « pour que la confrérie continue sa mission philanthropique toute de dévouement et de désintéressement ».
Qui était exactement le nouveau doyen? Né à Lestrem en 1862, il devient avocat stagiaire à Béthune dès 1885. Trois ans plus tard, il entra dans la vénérable confrérie des Charitables.
Après la guerre, en 1919, il est nommé juge au tribunal civil de la
ville. En mai 1912, il fut élu conseiller municipal de Béthune. Il assista le 19 mai 1912 à l’élection du Maire Pierre Rinquin lors de la séance d’installation du conseil. Il fut rapporteur des
budgets présentés par la ville. Comment ne pas également souligner l’action sociale de celui qui fut administrateur du bureau de bienfaisance, ancêtre du CCAS.
Arnaud WILLAY (parution dans La Voix du Nord, le 27 septembre
2009)
Les questions de la dette de l’Etat et de la fiscalité sont récurrentes. Ces problématiques étaient déjà bien présentes au XVIIème siècle.
Maximilien de Béthune, duc de Sully, Ministre du Roi Henri IV, est principalement connu pour son action à la tête de la surintendance des finances de 1597 à 1611. Il joua un rôle essentiel dans le redressement des finances du Royaume. Si l’homme est connu, son action l’est beaucoup moins. Il est intervenu dans différents domaines parmi lesquels le règlement de la dette et la remise en ordre de la fiscalité.
A l’issue des guerres, la dette résultant d’emprunts non remboursés ou d’engagements non tenus contractés auprès de puissances étrangères s’élevait à 150 millions de livres. En intervenant auprès des souverains étrangers, Sully réussit a échelonner les remboursements ou à les réduire. La fiscalité a été aussi un cheval de bataille du seigneur de Béthune : un édit de mars 1600 réorganise la répartition et la levée de l’impôt direct.
La politique de remise en ordre des finances a porté ses fruits. Et s’est traduite par la réalisation d’excédents budgétaires…dès 1602.
Des excédents si précieux qu’ils étaient placés dans un coffre, à la Bastille. Le résultat d’une gestion rigoureuse initiée par Maximilien qui a dû retenir l’attention de nombre de Ministres des
finances.
Arnaud WILLAY (parution dans La Voix du Nord, le 16 mars 2008)
Marcel Mansy est décédé le 28 juin dernier dans sa 103ème année à Perpignan. Avant de rejoindre le sud de la France, Marcel Mancy
a marqué de son empreinte la vie béthunoise. Retour en forme d’hommage sur une vie bien remplie.
Le poète et écrivain sénégalais Léopold Sédar Senghor disait à propos de la mort d’un vieillard en Afrique : « un vieillard qui meurt, c’est une bibliothèque qui brûle »…et donc une partie de notre histoire qui s’en va. Une expression qu’il convient d’appliquer à
Marcel Mansy, tant ses souvenirs accumulés après plus de cent ans de vie étaient précieux.
En effet, Il aura connu 15
présidents de la République (d’Armand Faillières à Nicolas Sarkozy), 9 papes (de Pie X à Benoit XVI). A Béthune, il travailla sous les ordres de 6 maires, de Alexandre Ponnelle à Henri Pad. Cet
ancien cadre administratif qui intégra la mairie à l’âge de 21 ans a eu une action qui ne passera pas inaperçue dans l’histoire de la cité de Buridan. Une histoire locale dont il a connut les
vicissitudes et les malheurs.
En effet, Marcel Mansy a été témoin des
deux guerres mondiales dont il déplorait les horreurs. Durant le second conflit mondial, il fut nommé en 1943 au service de ravitaillement géré par la mairie. Son action fut positive à ce poste
au combien important en temps de guerre : il a redressé en deux mois des finances défaillantes dont personne ne voulait plus s’occuper.
Marcel Mansy était aussi un pionnier. Il participa à la création de l’actuelle mutuelle des fonctionnaires des collectivités territoriales et du secteur hospitalier. Une
initiative d’abord locale qui prit à sa grande surprise une ampleur nationale. A Béthune, son implication dans la vie locale témoigne du dynamisme qui animait l’homme. Son action dans le secteur de l’enseignement lui
valut d’être nommé à l’ordre des palmes académiques. La médaille d’honneur de la ville récompensa sa brillante carrière au service des béthunois. Et que dire de son implication dans la vie
sportive récompensée par la médaille d’argent de l’éducation physique et des sports : athlétisme, natation, et football étaient ses sports de prédilection.
Arnaud Willay (parution dans la Voix du Nord, le 15 juillet
2007)
Ce dimanche 20 mai, l’ambiance va être festive autour des animations du festival de rue Z’ArtsUp!. Il y a 82 ans, le 20 mai 1925, Béthune rendait un dernier
hommage à Pierre Rinquin.
Originaire de Bretagne, Pierre Rinquin est arrivé dans la cité de Buridan en qualité d’inspecteur de l’enseignement primaire. C’est le 19
mai 1912 qu’il fut proclamé maire par le Conseil municipal à une large majorité (24 voix contre 1 à Jean Rey). Dès son élection, il donna des gages de bonne gestion et montra son ambition
pour la ville: « la nouvelle municipalité ne vous proposera pas des dépenses exagérées ou inutiles…..elle tiendra à l’honneur de maintenir notre cité
au rang qu’elle s’est acquis comme ville de chef lieu d’arrondissement…. »
De 1912 jusqu’au terme de son mandat
le 15 août 1917 en plein premier conflit mondial, que peut on retenir de l’action de Pierre Rinquin ?
Le mandat de Pierre Rinquin a surtout été marqué par l’actualité internationale et le déclenchement de la première guerre mondiale. Dès 1915, il a du gérer les conséquences financières du conflit et engager des frais de mobilisation. En effet, dès 1915, les bombardements de la ville ont endommagé les bâtiments communaux. Il débloqua des crédits spéciaux pour réparer les dommages de guerre.
Loin des affres de la guerre, Rinquin a connut des moments plus festifs comme l’ouverture du théâtre municipal le 6 décembre 1912.
Les paroles en forme d’hommage qui résonnèrent durant ces funérailles résument à elles seules l’action de Pierre Rinquin : « aux heures sombres de la guerre, Monsieur Rinquin Maire de Béthune a pu donner quoi qu’on ait pu dire, de nombreux exemples de courage civique, même en face d’une administration qui n’eut pas toujours la faveur de l’opinion ». Sa fidélité à la ville est toujours restée intacte : « en attendant la reconstruction de son habitation, Monsieur Rinquin vint se retirer avec les siens à Villeneuve Saint Georges avec la ferme intention de revenir à Béthune…. Après chaque apparition, il repartait le cœur gros, les yeux mouillés, désespéré de ne pouvoir passer ses derniers moments dans la ville qu’il avait aimée et pour laquelle il avait gardé toute son affection ».
Le jour même de sa mort le 17 mai 1925, Alexandre Ponnelle fut proclamé Maire. A cet instant, Pierre Rinquin entrait dans l’histoire de la
ville.
Arnaud Willay (parution dans La Voix du Nord, le 20 mai 2007)
Les candidats à la présidence de la République n’omettent pas d’évoquer les sujets touchant aux finances du pays comme le taux d’imposition ou encore l’apurement de la dette publique. Une question qui était déjà d’actualité au 17 ème siècle.
Surintendant des finances et seigneur de Béthune : une trajectoire qui peut paraitre étonnante mais bien réelle pour Maximilien de Béthune, duc de Sully (1560-1641) dont le buste trône dans le hall de l’Hôtel de ville.
Le seigneur de Béthune s’était vu confié par le Roi Henri IV des responsabilités dans la gestion des finances du royaume de France. Henri IV le nomma en 1596 au conseil des finances puis vers 1598 surintendant des finances. Si le règne de Henri IV a été bénéfique à l’économie du royaume de France, c’est en partie grâce à l’action de Sully.
Maximilien de Béthune mena une politique volontariste pour rééquilibrer des finances royales en mauvais état. En 1598, il estimait que la dette se montait à 296 millions de livres ! Maximilien s’organisa pour que chaque année des états prévisionnels fixent les recettes et les dépenses attendues. Cette organisation lui permit de dégager des excédents dès 1602 date à laquelle le trésor royal atteignait 12 millions de livres. La réorganisation des finances s’accompagna de remise en ordre de
Maximilien quitta la surintendance en janvier 1611. Au final, son action n’est-elle pas à relativiser ? En effet, l’universitaire François Xavier Emmanuelli dans son livre Etats et pouvoir dans la France des XVIème-XVIIIème siècles avait des mots très durs n’hésitant pas à parler de « racket d’Etat » pour qualifier l’action des ministres et agents des rois de France qui fournissaient au monarque les ressources nécessaires à l’assouvissement de sa politique guerrière. Parlant des finances royales, il expliquait qu’au « XVIIème siècle, elles sont toujours en déficit ». Comment pouvait-il en être autrement avec Louis XIII ?
Celui qui succéda en 1610 à Henri IV engagea la France dans la guerre de Trente Ans, ce qui déséquilibra le budget. L’action de redressement de Maximilien avait finalement été bien éphémère !
Arnaud Willay (parution dans La Voix du Nord, le 4 mars 2007)
Durant le mois de novembre, le livre et la lecture et l’écrit seront mis à l’honneur à Béthune. En effet, du 8 au 30 novembre, les médiathèques municipales Elie Wiesel et Jean Buridan programment plusieurs manifestations, expositions et films.
Conon de Béthune aurait souhaité vivre cette fête du livre et de la lecture. En effet, ce poète contemporain de Jean Buridan, qui a marqué l’histoire de la littérature française au moyen âge, a toute sa place dans l’histoire de la cité. Même si tous les détails de la vie du poète sont loin d’être connus, quelques traits de celle-ci méritent d’être soulignés. Conon, poète du XIIIème siècle, appartenait à une prestigieuse famille féodale, la Maison de Béthune. Il a notamment côtoyé la cour du Roi Philippe Auguste. Parmi les grands faits de la vie de ce chef militaire, on peut noter sa participation aux 3ème et 4ème croisades. Dans cette dernière, il fut nommé Roi d’Andrinople. Les croisades, on en décompte huit, étaient des pèlerinages militaires menés en Terre Sainte durant la période médiévale. Elles étaient décidées par le pape qui accordait à leurs participants des privilèges spirituels.
Le passé guerrier de Conon, ne doit surtout pas faire oublier qu’il fut un des premiers trouvères de France. Le trouvère, équivalent du troubadour, était un poète lyrique qui s’exprimait e langage d’oïl aux XII et XIIIème siècle. Ses poèmes font référence à deux thèmes majeurs : l’amour et la foi chrétienne. Cette citation extraite de l’une de ses chansons est particulièrement révélatrice de l’état d’esprit du poète « et comme je l’aime plus que tout ce qui est au monde, que Dieu me donne donc son amour sans déception ».
A l’instar de Buridan, Conon a donné son nom à une rue de la ville. Un juste retour des choses pour ce poète guerrier.
A. Willay (parution dans la Voix du Nord, le 13 novembre 2005)
Le début du mois de juillet n’est généralement pas propice à l’actualité. En feuilletant le journal Le Petit béthunois du 1er juillet 1926, une actualité toute militaire qui n’avait rien à voir avec la guerre allait attirer l’attention de nos parents ou grands-parents.
Ce n’est pas tous les jours qu’un général béthunois est nommé au cabinet du Ministre de la guerre. Le 1er juillet 1926, on apprenait que le Général Eugène Trousson, né le 9 février 1872 à Béthune venait d’être choisi par le Général Guillaumat (1863-1940), nouveau Ministre de la guerre du gouvernement dirigé par Raymond Poincaré. Juste récompense pour ce militaire béthunois à la carrière bien fournie et à la formation militaire très solide.
Parmi les nombreuses distinctions reçues par le général figure la prestigieuse légion d’ honneur octroyée à « un officier supérieur de la plus haute valeur qui s’est distingué partout où il est passé et s’est montré pendant la plus grande partie de la campagne un chef de corps remarquable, actif, énergétique, brave ».
Des éloges à la hauteur de sa formation initiale qui était de qualité. Il suivit les enseignements à l’école militaire de Saint-Cyr fondée en 1802 par ordre de Napoléon Bonaparte. En faisant notamment campagne en Tunisie, Algérie et Maroc contre l’Allemagne, le général Trousson a exercé sa carrière militaire très loin de Béthune. Il fut même appelé au commandement des troupes de Crimée en 1919 en procédant à l’organisation de la défense de Sébastopol. Cette ville de Crimée, véritable citadelle navale, occupe une position géographique particulièrement stratégique.
Grâce à son action peu connue, le général Trousson fait partie du riche passé militaire de Béthune. Une ville fortifiée par Vauban où plusieurs régiments ont tenu garnison-le dernier était le73ème RI- et qui a connu de nombreux sièges au fil des siècles.
Son passage au cabinet a toutefois été éphémère. Guillaumat n’a été Ministre de la guerre que quelques semaines, du 23 juin au … 19 juillet 1926 ! Il fut remplacé par Paul Painlevé, un des instigateurs de la ligne Maginot.
Arnaud Willay (parution dans La Voix du Nord, le 1er juillet 2006)
Rebaptisé de la Défense, le ministère de la guerre a vu passer un autre béthunois : Jacques Mellick y a exercé comme ministre délégué auprès de Pierre Joxe.
Illustration : le Général Guillaumat.
L'âne qui a rendu célèbre Buridan,
A l'instar du poète Conon de Béthune ou encore du botaniste Louis Blaringhem, Jean Buridan fait partie des personnages qui ont marqué l'histoire de Béthune.
Philosophe, recteur de l'université de Paris en 1328 et 1340, Jean Buridan est né à Béthune vers 1300. Il est une des figures dominantes de la vie scolastique à la faculté des arts de Paris dans la première moitié du XIVème siècle. Il est l'auteur d'un grand nombre de commentaires (commentaires sur Aristote) et de manuels de logique, de philosophie morale. La diffusion de sa pensée est assurée à Paris par un de ses disciples, Albert de Saxe.
Il a laissé de nombreuses fables attachées aux traditions populaires dont l'âne de Buridan. De l'antiquité à nos jours, l'âne sacré pour certains, méprisé par d'autres a été pour de nombreux auteurs une véritable source d'inspiration. Jean Buridan a placé l'âne au coeur de l'histoire de Béthune durant la période médièvale.
L'expression "l'âne de Buridan" a traversé les siècles pour désigner de nos jours quelqu'un qui est incapable de se départager et de choisir entre deux sollicitations. Cette formule brève a été émise par Buridan sur l'âne qui mourut de faim et de soif, faute d'avoir pu se décider à se tourner d'un côté et de l'autre pour se nourrir du picotin d'avoine et du seau d'eau qui l'entouraient. Il faut noter que la façon dont l'exemple est rapporté varie d'un auteur à l'autre, les uns parlant de deux boisseaux d'avoine, les autres de deux prés.
De même, l'argument de l'âne était employé en philosophie bien avant Buridan. Par exemple, le philosophe grec Aristote mentionne dans ses écrits le cas d'un homme à la fois pressé par la faim, la soif et également placé entre un aliment et une boisson. Buridan a en fait donné une couleur nouvelle à cette idée en prenant l'image familière d'un âne.
Cette image de l'âne rendue célèbre par Jean Buridan ne resta pas uniquement utilisée dans le domaine philosophique. Jean Ferrat cita même l'expression de Buridan dans sa chanson sur l'âne.
A. Willay (parution dans La Voix du Nord, le 26 mai 2002)
Un artiste engagé de la Belle Epoque,
Après le carnaval, n'hésitez pas à visiter l'exposition présentée à partir de ce jour à la chapelle Saint-Pry. Elle rend hommage à un peintre originaire de Béthune : Aristide Delannoy (1874-1911).
Le parcours de ce dessinateur, passionné de peinture, a le mérité de montrer les limites de la liberté d'expression durant la Belle Epoque. Il faut dire que cet artiste, auteur de dessins pour le journal satirique l'Assiette au beurre, a été emprisonné pour avoir caricaturé un général. En fait, l'illustrateur béthunois dénonça les injustices sociales à une prériode que l'on qualifie actuellement de Belle Epoque.
Si l'on s'en tient à la présentation faite de cette période par les auteurs de l'Histoire de Béthune-Beuvry, la cité de Buridan "présentait un visage animé par le travail ou par les fêtes...Grâce à l'amélioration du niveau de vie, mais aussi de la politique habile des notables, Béthune était devenue un véritable centre festif". Cette image idéaliste de cette période est vite nuancée par les auteurs pour lesquels "la fête ne pouvait masquer la réalité quotidienne : pour beaucoup de béthunois...la vie restait dure : 11 heures de travail quotidien...".
Même si l'époque d'Aristide Delannoy fut une période heureuse, en comparaison du traumatisme des années 1914-1918, les historiens ont révisé ce tableau ydillique de cette France d'avant-guerre marquée par l'ancrage des idées républicaines. La Belle époque caractérisée par le foisonnement de la vie culturelle et artistique est également synonyme de difficultés sociales encore vivaces et de déclin démographique.
Les dessins de Delannoy dénonçant les injustices sociales comme ceux de nombreux caricaturistes restent un témoignage incontournable de cette époque. Ils constituent en tout cas une source à ne pas négliger pour mieux cerner l'Histoire de ces années d'avant guerre.
A. Willay (parution dans La Voix du Nord, le 26 mars 2006)
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