Les visiteurs du Louvre Béthune pourront admirer la chapelle de l’ancien hôpital. Mais, à quelques mètres de là, se trouvent les vestiges d’un bastion nommé Saint-Pry…mais pas seulement.
A Béthune, Saint-Pry désigne une chapelle lieu d’exposition, un quartier, une résidence mais aussi un bastion. Un bastion qui jouxte la chapelle dont l’entrée était défendue par un pont levis et un fossé. Le bastion Saint-Pry avait une importance particulière car situé à un endroit stratégique de la cité. Le siège anglo-hollandais de 1710 n’a fait que confirmer le rôle stratégique de ce bastion. Le bastion et la porte Saint-Pry, à l’allure circulaire, datent du 14ème siècle, à l’époque de Jean le Bon.
Si ce bastion attire tous les regards, son environnement s’est profondément modifié au cours du temps. Certains bâtiments ont disparu, d’autres sont apparus. Autour de la chapelle se trouvait l’ancien hôpital de Béthune. Un hôpital qui a cessé de fonctionner au début des années 1980. Le 13 octobre 1982, une agitation particulière régnait autour du bastion. Et pour cause ! 180 malades avaient été transférés vers le centre Germon et Gauthier.
Au début des années soixante, à quelques mètres du bastion, une résidence qui existe toujours aujourd’hui est érigée. En mars 1962, on pouvait lire dans la presse locale que « le haut Béthune s’édifie rue de la gendarmerie donnant à la ville un aspect de ville moderne ». En octobre 1962, on découvrait que « la résidence Vauban qui au côté du beffroi et de la tour saint-vaast domine désormais la ville de Béthune et symbolise la vie nouvelle qui l’anime aujourd’hui ».
Arnaud WILLAY (parution dans La Voix du Nord, le 23 octobre 2011)
Durant ces journées européennes du patrimoine, un village autour du beffroi numérique vous
ouvrira ses portes. La tour de grès médiévale est un édifice qui inspire aussi les artistes, comme le montre cette eau-forte réalisée sur le géant de pierres. Peut-être en connaissez-vous
l’auteur ?
Un auteur qui maîtrisait parfaitement la technique de l’eau-forte. Ce procédé permet la gravure en creux sur plaque métallique. Il était employé dès le moyen-âge en Espagne et à Damas. La technique de l’eau-forte a été utilisée par les plus grands artistes comme Rembrandt au XVIIème siècle. Au XIXème siècle, des peintres comme Picasso, Matisse se sont adonnés au plaisir de l’eau-forte.
Celle-ci montre une scène de vie autour du beffroi, qui se déroule vraisemblablement après 1918. Elle pourrait dater des années trente. En effet, l’église saint-vaast est reconstruite en arrière plan. Le beffroi est quant à lui restauré sans ses maisons suite aux bombardements de 1918.
Les moindres détails présents sur la façade principale haute de trente mètres sont reproduits. On peut notamment visualiser l’accès à la bretèche qui permettait d’annoncer les décisions des échevins à la population prises dans la salle du premier étage. Reste à savoir quel artiste le beffroi a inspiré ?
Arnaud WILLAY (parution dans La Voix du Nord, le 17 septembre 2011)
Le feuilleton de l'été 2011 : la reconstruction de l'Hôtel de Ville (épisode 23 sur 23)
Suite et fin de notre feuilleton sur la reconstruction de la maison commune sur la Grand place...L’Hôtel de ville avait été inauguré le 7 avril 1929, il n’était pas pour autant très fonctionnel. En 1930, il manquait le téléphone…et les meubles.
Pour raccorder la mairie au reste du monde, l’architecte Jacques Alleman a fait appel à plusieurs maisons. C’est la maison Thomsom-Houston de Lille qui a eu la charge d’installer le téléphone dans les services municipaux.
Une sous commission avait même été créée pour étudier la question de l’ameublement de l’Hôtel de Ville. Tout un programme ! Pour la salle du conseil municipal, une table en fer à cheval avec tapis vert était envisagée. Des banquettes rembourrées sur les deux côtés, allier le ton du velours avec la décoration de la salle.
Pour la salle du Maire, de la moquette grenat rouge devait accueillir un bureau et des fauteuils. Le montant total de l’ameublement de l’hôtel de ville était estimé à 85000 francs.
En septembre 1930, tout était en place. L’architecte Jacques Alleman pouvait effectuer la réception définitive des travaux. L’Hôtel de Ville était enfin opérationnel. Son histoire allait pouvoir commencer sous le même Maire qui avait présidé son inauguration Alexandre Ponnelle. Son successeur, André Legillon, allait prendre possession du lieu le 19 mai 1935. Un lieu qui 82 ans après son inauguration accueille encore les services municipaux et les élus…pour combien de temps ?
Arnaud WILLAY (parution dans La Voix du Nord, le 13 août 2011)
Légende : à côté des mariages, le salon d’honneur accueille régulièrement élus et fonctionnaires pour les conseils municipaux
Le feuilleton de l'été 2011 : la reconstruction de l'Hôtel de Ville (épisode 22 sur 23)
Lors de cette journée du 7 avril 1929, date de l’inauguration de l’Hôtel de Ville, le discours du Maire Alexandre Ponnelle était très attendu. On peut imaginer que l’inauguration d’un Hôtel de Ville constitue pour un élu un moment particulier.
On aurait pu penser qu’il allait commencer par retracer l’histoire tumultueuse de la reconstruction de la mairie. Il n’en fut rien. Ses pensées allaient à Béthune, ville martyre après 1918, et en cette journée d’inauguration, il parlait avec beaucoup d'enthousiasme de renaissance de la cité. Il évoquait aussi l’unité nécessaire : « en ce jour, il n’y a pas de place pour les arrières pensées et les divisions…nous sommes unis avec le désir de concourir à la prospérité toujours plus grande de notre chère cité artésienne ».
On percevait dans les propos du Maire de la fierté. Il parlait d’un « édifice à l’allure grande et belle » en rajoutant que «de l’avis des connaisseurs, monsieur Alleman donne à la ville un monument dont il peut être fier».
Ses dernières paroles furent pour les béthunois. Il expliquait que « l’hôtel de ville inauguré devient la maison de tous, accessible à tous nos concitoyens ». Des phrases qui résonnent encore 82 ans plus tard dans les oreilles de béthunois qui ne fréquenteront plus la mairie avec le même regard.
Arnaud WILLAY (parution dans La Voix du Nord, le 12 août 2011)
Le feuilleton de l'été 2011: la reconstruction de l'Hôtel de Ville (épisode 21 sur 23)
L’inauguration de l’Hôtel de Ville était enfin fixée au dimanche 7 avril 1929. C’était là l’ultime épisode du feuilleton de la reconstruction de l'un des monuments les plus emblématiques de la cité. La saga avait tenu en haleine les béthunois durant les années vingt.
Pour le grand jour, la ville s’était parée de ses habits de fête. Des mats portant des oriflammes étaient disposés dans les principales artères de la cité. Des drapeaux flottaient sur les maisons. Il faut dire qu’à côté de l’Hôtel de Ville d’autres bâtiments attendaient une coupure de ruban simultanée : l’école Sévigné, la bibliothèque, le théâtre municipal. Un théâtre datant de 1912 qui avait été directement et très durement touché par les bombardements de 1918.
Autant dire que les personnalités présentes étaient nombreuses dès 11 heures : les députés Henri Cadot et Jules Appourchaux, Jules Senis l’ancien maire et acteur principal du feuilleton de la reconstruction de l’Hôtel de Ville. La musique était aussi au rendez-vous avec entre autre le chant sans paroles de Tschaikowski.
Dans toute fête il y avait un repas. La préparation du menu était confiée à Monsieur Mayeux. Du saumon et de la sauce aux crevettes en entrée, du gigot d’agneau accompagné de croquettes, de la tarte à la crème en dessert : ce sont les plats qui attendait les invités après une mise en bouche discours très attendue : le discours du Maire.
Arnaud WILLAY (parution dans La Voix du Nord, le 11 août 2011)
Le feuilleton de l'été 2011 : la recontruction de l'Hôtel de Ville (épisode 20 sur 23)
Onze ans après les destructions, les bâtiments communaux dont l’Hôtel de Ville étaient reconstruit. 1929 apparaissait donc comme étant l’année de la renaissance pour Béthune. On pensait à inaugurer l’Hôtel de Ville.
Dès le mois de janvier 1929, il était question d’inviter Pierre Marraud, Ministre de l’instruction publique. Un homme politique qui avait occupé les fonctions de sénateur du Lot et Garonne dès 1920. Il avait aussi été nommé Ministre de l’intérieur en 1921-1922 dans le gouvernement d’Aristide Briand.
En effet, la fête d’inauguration de la mairie était fixée au 7 avril. Le Maire Alexandre Ponnelle souhaitait ardemment une présence ministérielle à la hauteur de cet événement pour les béthunois. Des parlementaires comme Jules Elby, Henri Cadot ou Jules Appourchaux sont même intervenus.
Contre toute attente, le Ministre déclina l’invitation. La faute à qui ? En fait, le conseil des Ministres avait pris une décision qui paraîtrait étrange aujourd’hui : aucun membre du gouvernement ne se rendrait en province pour présider des cérémonies à partir du 15 février.
A défaut du Ministre, c’est le Préfet du Pas-de-Calais qui a été sollicité pour présider les cérémonies du 7 avril. Un budget de 20000 francs était prévu pour ces festivités : distribution de viandes aux indigents, banquet, festival, illuminations, feu d’artifice et bal populaire. La fête promettait d’être belle mais il fallait la préparer.
Arnaud WILLAY (parution dans La Voix du Nord, le 6 août 2011)
Le feuilleton de l'été 2011 : la reconstruction de l'Hôtel de Ville (épisode 19 sur 23)
A quelques jours de l’inauguration, on ne sait pas si le maire Alexandre Ponnelle avait pensé à exposer les dessins de l’architecte Jacques Alleman. 82 ans après, nous vous proposons une balade au cœur des plans de l’Hôtel de Ville.
On pourrait s’attendre à consulter des plans jaunis par le temps. Il n’en est rien. Des plans bleus datant de 1926 qui nous révèlent les petits secrets du bâtiment et la conception de Jacques Alleman. Suivez le guide.
Au sous-sol, l’architecte imaginait installer des locaux pour une police secrète et détenir des personnes. A l’étage de socle, il comptait y installer un poste de police. Le concierge n’était pas oublié avec une loge et une chambre particulière.
Au rez-de-chaussée de part et d’autre de l’escalier d’honneur, un bureau était prévu pour le Maire et un autre pour les adjoints. Quatre adjoints entourant le maire en 1929 (Gaston Dussossoy, Emile Leblond, Henri Pad, Louis Deloraine) qui allaient devoir se serrer dans un seul bureau !
Le premier étage est sans doute le lieu le mieux pensé par l’architecte avec une salle des mariages, la salle du conseil, la salle des fêtes qui permettait d’accéder au balcon d’honneur. Un étage qui servait de vitrine pour cet Hôtel de Ville. Les béthunois pouvaient être fiers du travail réalisé par l’architecte.
Arnaud WILLAY (parution dans La Voix du Nord, le 5 août 2011)
légende photo : l’architecte prévoyait d’installer la police secrète dans les sous-sol avec les archives
Le feuilleton de l'été 2011 : la reconstruction de l'Hôtel de Ville (épisode 18 sur
23)
1929….l’Hôtel de Ville se dévoilait enfin à la population après des années de discussion sur son emplacement. Si vous regardez la façade principale aujourd’hui, deux sauvages y trônent fièrement.
C’est le 6 mars 1929 qu’il avait été décidé de placer ces deux sauvages sur la façade du bâtiment. Ces deux statues énigmatiques sont placées au-dessus du balcon d’honneur de l’Hôtel de Ville. Jacques Alleman a fait appel à Edgar Boutry qui réalisa la statue du monument aux morts pour concevoir ces sauvages. Des statues qui avaient couté à l’époque 9650 francs. Ces sauvages sont censés symboliser l’occupation ancienne de Béthune.
Ce qui frappait dans la conception de l’Hôtel de Ville, c’est son aspect monumental. A côté de la question des sauvages, la conception des cheminées interpelait l’architecte.
En effet, l’ampleur de la salle du conseil et de la salle des mariages rendait nécessaire de remplacer les cheminées prévues par des cheminées monumentales en rapport avec les dimensions des locaux. Encore une fois, la réalisation de ces cheminées ne constituait pas une dépense supplémentaire. Elle a été financée par un prélèvement sur les bénéfices dégagés par la construction des autres parties du bâtiment. Quelques mois avant l’inauguration, tout était fait pour embellir l’édifice.
Arnaud WILLAY (parution dans La Voix du Nord, le 4 août 2011)
Le feuilleton de l'été 2011 : la reconstruction de l'Hôtel de Ville (épisode 17 sur 23)
Les travaux de la nouvelle mairie
s’achèvent. Le calendrier et le budget alloué sont-ils respectés ? Une question que devaient se poser beaucoup de béthunois en 1928. Des bruits circulaient même en ville sur les dépenses
liées à l’Hôtel de Ville. Dépenses somptuaires ?
Les béthunois pouvaient être rassurés. En effet, l’Hôtel de Ville a été le seul bâtiment à être reconstruit dans les délais fixés par l’architecte en respectant le budget alloué. Un conseiller municipal Alexandre Morel demandait même à ce que les délibérations sur le financement de la mairie soient publiées dans la presse. La transparence était de mise.
En novembre 1928 il était clair que la reconstruction de l’Hôtel de Ville se poursuivait normalement. En 1928, on parlait même d’économies qui ont permis d’employer des matériaux de qualité supérieure ! C’est dire.
L’architecte Jacques Alleman estimait qu’il fallait profiter de ces économies pour embellir le bâtiment. Ainsi, il était envisagé de remplacer le dallage en ciment par un carrelage spécifique. A la place de la peinture au ripolin, un revêtement en faïencé était même prévu. Ces dépenses d’embellissement qui s’élevaient à 28000 francs allaient pouvoir être payées avec les crédits affectés au dommage de guerre.
Arnaud WILLAY (parution dans La Voix du Nord, le 2 août 2011)
Légende photo : : la maîtrise des coûts a permis d’embellir l’Hôtel de Ville. Ici un puits de lumière visible du haut de l’escalier d’honneur
Le feuilleton de l'été 2011: la reconstruction de l'Hôtel de Ville (épisode 16 sur 23)
Si Jacques Alleman avait été désigné comme architecte de l’Hôtel de Ville en 1926, il fallait aussi choisir le sculpteur. Une décision prise en mai 1928.
Trois entrepreneurs avaient été consultés pour l’exécution des travaux de sculpture de l’Hôtel de Ville : Paul Vaast à Arras, J Parrain à Paris et A Richard à ville d’Avray.
Le prix proposé par Monsieur Vaast (36400) ne permettait pas selon Jacques Alleman de réaliser des travaux soignés. Le prix proposé par Monsieur Parrain (60000) était élevé. Jacques Alleman proposait de confier finalement les travaux à Monsieur Richard.
A côté des travaux de sculpture, d’autres corps de métier étaient nécessaires. Les installations sanitaires ont été confiés à l’entreprise Pilorge de Béthune, le parquetage à la maison Rivasseau-Sevrette à Roubaix.
L’architecte tenait à organiser un concours pour les travaux en fer forgé. Le fer forgé était destiné à la porte d’entrée principale, à la porte de la salle des fêtes, au balcon d’honneur (notre photo). La totalité des travaux en fer forgé s’élevait à 76600 francs. Plusieurs entreprises avaient été retenues : les sociétés Hoebecke et Flitz et Agache de Béthune. Des travaux ont aussi été réalisés par la maison Borderel et Robert de Paris qui avait déjà travaillé sur un balcon de la Grand Place.
Arnaud WILLAY (parution dans La Voix du Nord, le 1er août 2011)
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