Histoire seigneuriale/médiévale

La guerre de cent ans est certes moins connue que la première guerre mondiale. Elle s’est achevée le 17 juillet 1453 à Castillon. Béthune a aussi souffert de ce conflit qui a profondément marqué l’Histoire.

 

  Une guerre qui opposa la France et l’Angleterre qui avait débuté le 7 octobre 1337. Le roi d’Angleterre Edouard III défiait le Roi de France Philippe VI de Valois en revendiquant la couronne de France. Une situation qui allait attiser les tensions entre les deux monarchies et déboucher sur un conflit interminable long de 116 ans.   

   Béthune a subi les conséquences directes ou indirectes de ce conflit durant la période médiévale même si Alain Derville dans son Histoire de Béthune-Beuvry souligne que «  quand on dépouille les comptes de Béthune de cette époque, on a bien du mal à se rendre compte que c’était la guerre de cent ans…rien de comparable avec les atroces guerres françaises de 1477 et 1559 ». 

   Mais, quand on évoque Béthune au moyen-âge, il est difficile d’omettre le contexte lié à la guerre. L’Histoire de Béthune-Beuvry n’oublie d’ailleurs pas de mentionner la reprise de la guerre en 1346 : « le roi anglais débarqua en Normandie et marcha à la rencontre de ses alliés flamands qui le 2 août envahirent l’Artois. Dans la nuit de l’Assomption, ils arrivèrent sous Béthune ». Une cité qui à l’époque avait bien résisté.

 

       Arnaud WILLAY (parution dans La Voix du Nord, le 17 juillet 2011)

 

 

Par Arnaud Willay - Publié dans : Histoire seigneuriale/médiévale
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   5 octobre 1465 : Louis XI signait la paix à Conflans….Même si cette ville est éloignée de Béthune, Louix XI apparaît lui dans les pages d’histoire consacrées au passé de la ville.  

   Le 5 octobre 1465, les seigneurs du royaume de France concluent la paix avec le Roi Louis XI. Une paix qui marquait la fin d’une période de guerre civile appelée la ligue du bien public. Au cours de son règne, Louis XI (1423-1483) a vite eu la volonté de remettre de l’ordre dans le royaume. Une volonté qui lui attira les foudres de la haute noblesse rassemblée autour de Charles le Téméraire au sein de la ligue du bien public.

   Louis XI et Charles le Téméraire sont tous les deux associés au passé de Béthune. A la moitié du XVème siècle, Charles le Téméraire que ses contemporains appelaient aussi Charles le terrible devient seigneur de Béthune. En développant une politique expansionniste, il allait se heurter à Louis XI.
   A la mort de Charles le Téméraire en 1477, Louis XI débarrassé de ce puissant rival mena une politique d’annexion de nombreux territoires. Une mort qui signifiait la fin de la mainmise du Téméraire sur Béthune. Louis XI en profita pour s’emparer de la Bourgogne, de la Picardie et de l’Artois. La seigneurie de Béthune allait écrire une nouvelle page de son histoire.

                Arnaud WILLAY (parution dans La Voix du Nord, le 5 octobre 2008)

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   Cette semaine, le budget de la ville sera voté par le Conseil municipal. Le vote constitue un acte politique fort qui détermine les investissements de la collectivité, mais loin d’être nouveau. Au moyen âge, les échevins géraient dépenses et recettes. 
    Il y a plusieurs siècles, des seigneurs avaient la mainmise sur la ville. Malgré la puissance seigneuriale, les échevins avaient une grande liberté d’emploi des fonds communaux. Mais, comme aujourd’hui, la préoccupation principale était d’équilibrer le budget. Marcel Demont dans sa thèse sur l’organisation municipale à Béthune sous l’ancien régime soulignait que « un budget communal était à cette époque déjà bien difficile à équilibrer ! Et les annales béthunoises parlent à diverses reprises d’emprunts contractés sous la responsabilité solidaire des échevins et habitants de la Ville… ». 
   L’équilibre était pourtant nécessaire entre dépenses et recettes. Les dépenses relatives à l’organisation de la défense de la ville et l’entretien des fortifications étaient omniprésentes dans le budget municipal. 
   Le budget était aussi composé de recettes. Progressivement, à l’époque médiévale, les échevins pouvaient établir des taxes sur les habitants et différents droits : droit sur les grains, sur les chevaux……Libre à eux d’utiliser les recettes comme ils l’entendaient.

   Au final, Marcel Demont estimait que « la gestion des finances de la ville n’était donc point si mauvaise… les échevins qui se sentaient responsables de leur gestion devaient en rendre compte à la fin de leur mandat ». Une responsabilité financière affirmée il y a des siècles et toujours valable en 2008. 

                Arnaud WILLAY (parution dans La Voix du Nord, le 13 avril 2008)

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Béthune….un terme qui est au cœur de la campagne électorale. Le nom de la ville fait partie intégrante des slogans proposés par les candidats. Un nom qui nous renvoie aussi au temps les plus reculés du passé de la ville.   
   Le passé de la cité de Buridan est fait de certitudes sur la situation de la ville mais d’incertitudes quant à son origine, de nombreuses légendes entourant sa naissance. 
   La découverte d’une pièce mérovingienne avec l’inscription Bitunia attesterait que Béthune aspirait déjà à être une ville importante car elle possédait une monnaie propre…mais rien n’est moins sur. D’autres sources nous renseignent sur l’étymologie du nom « Bei-Thun » qui désignerait un enclos. 
   Même si les origines de Béthune incitent à une très grande prudence, on peut dire que les textes et témoignages sur la situation de la ville nous éclairent sur un passé lointain, souvent méconnu. 
   Dès le Xème siècle, Béthune avait de nombreux atouts, parmi lesquels sa situation géographique. Au point de vue militaire, la réputation de la ville n’était plus à faire comme le souligne Marcel Demont dans son étude sur l’organisation municipale à Béthune sous l’ancien régime (1937). En édifiant des murailles, ses seigneurs n’avaient pas négligé la défense des habitants. Des habitants qui pouvaient s’enorgueillir d’avoir une ville industrielle et commerciale : culture du blé, production lainière, commerce de grains….
   En somme, il y a des siècles, Béthune était donc une place forte très enviée. Une envie toujours aussi présente en 2008, à quelques semaines des municipales !

      Arnaud WILLAY (parution dans La Voix du Nord, le 3 février 2008)


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Elle est moins connue que les deux guerres mondiales qui ont ensanglanté l’Europe au XXème siècle. Toutefois la guerre de cent ans a marqué les XIV et XVème siècles. Elle a débuté il y a 670 ans, le 7 octobre 1337.  

   Le 7 octobre, le Roi d’Angleterre Edouard III lance un défi à son cousin le Roi de France, Philippe VI de Valois et revendique la couronne de France pour lui-même. C’était le début d’une guerre entre la France et l’Angleterre qui allait couvrir une vaste période, de 1337 à 1453 et concerner de nombreux monarques : cinq rois de France et autant de souverains anglais ont été concernés par ce conflit.

   Cette guerre a eu des conséquences sur Béthune. Impossible d’évoquer le passé de la ville à la fin du Moyen-Âge sans parler de la guerre de cent ans. C’est dans le cadre de ce conflit que Béthune résista aux attaques des armées flamandes. Un contexte guerrier que n’a pas manqué de mentionner Alain Derville dans l’histoire de Béthune-Beuvry : « La guerre reprit en 1346. Cette fois, ce fut du sérieux. Le roi anglais débarqua en Normandie et marcha à la rencontre de ses alliés flamands qui le 2 août envahirent l’Artois…Dans la nuit de l’assomption, ils arrivèrent sous Béthune…la belle résistance de la ville avait empêché la jonction des anglais et des flamands… ». Au delà de l’histoire locale, on peut s’interroger sur l’impact de ce conflit majeur.

   La guerre de Cent Ans a contribué à écrire une histoire faite de drames, de batailles acharnées. Ce conflit qui s’est étalé sur 116 ans a débuté par une querelle féodale et s’est achevée par une guerre entre deux monarchies ennemies. Il a surtout permis une consolidation de l'Etat français et la naissance d'une véritable conscience nationale commune des Flandres aux Pyrénées. 

       Arnaud WILLAY (parution dans La Voix du Nord, le 7 octobre 2007)

 

 

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   Le 4 août constitue une date importante dans l’histoire de France. C’est le 4 août 1789 que les députés de l’Assemblée constituante proclamaient l’abolition des droits féodaux.

    L’abolition des droits féodaux signifiait la fin des privilèges. A Béthune, les privilèges octroyés par les seigneurs étaient consignés dans des chartes qui témoignaient de l’organisation de la ville. Ces documents étaient, à l’époque médiévale, des actes authentiques portant concession de droits. La charte de 1222 accordé par Daniel est considérée comme la charte communale de la ville. Celle de 1334 octroyée par Eudes IV de Bourgogne et Jeanne de France confirma l’octroi de tous les privilèges accordés aux béthunois. La charte du 27 octobre 1346 octroyée par Eudes de Bourgogne et Jeanne de France accordait aux habitants le droit d’édifier un beffroi avec cloches et prisons.
   Celle de 1060, moins connue a pourtant eu une importance particulière dans le passé de la ville.

   En effet, une charte datant de 1060 donnait au seigneur de Béthune Robert II le privilège de battre monnaie. Elle aurait été octroyée par le comte de Flandre Baudoin V pour dédommager la ville des déprédations commises sur son territoire.

   Comme le signale Marcel Demont dans sa thèse sur l’organisation municipale à Béthune sous l’ancien régime, ce privilège de battre monnaie indiquait que la seigneurie de Béthune avait une grande importance à la moitié du 11ème siècle. En effet, ce droit courant sous les Rois mérovingiens n’était au XIème siècle accordé que rarement et aux seigneurs les plus puissants. Même si ce droit de battre monnaie avait été donné au seigneur de Béthune et non pas à la ville elle-même, il faut dire que l’avantage pour la cité de Buridan était incontestable. Malgré les faibles renseignements historiques sur cette période, on sait que Béthune possédait vers 1150 un atelier monétaire. La frappe des pièces communales, les méreaux, constituait une source de revenu non négligeable pour la ville. Au XIème siècle comme aujourd’hui, l’argent constituait bien « le nerf de la guerre ».  

                  Arnaud WILLAY (parution dans La Voix du nord, le 5 août 2007)

 

 

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Les élections à venir, qu’elles soient présidentielles ou législatives, constituent un grand moment démocratique. Au moyen-âge, les magistrats communaux nommés échevins étaient aussi élus. Mais, on était très loin des principes actuels de l’élection au suffrage universel !

   Ils dirigeaient les affaires de la ville. A en croire la première charte octroyée par Guillaume, seigneur de Béthune, en 1210, les échevins étaient à Béthune les représentants officiels de la commune. Leur pouvoir était reconnu par plusieurs chartes octroyées par les seigneurs de Béthune. Pour accéder à ces responsabilités, les échevins étaient élus.
   C’est la charte concédée en 1334 par Eudes de Bourgogne et Jeanne de France qui décrit les détails de cette élection. Tous les ans, les élections avaient lieu en grande pompe, en présence de toute la ville « au jour Saint Thomas l’apôtre », c'est-à-dire le 21 décembre. Les cinq échevins qui avaient été élus l’année précédente et qui avaient une année d’exercice nommaient les cinq échevins nouveaux. Toutefois, avec ce système, les échevins se réélisaient entre eux ! Un nombre très restreint de personnes pouvait accéder à la direction des affaires de la ville. Les échevins, avec ce système d’élection, avaient aussi une indépendance totale vis-à-vis du pouvoir royal.
   Dès 1516, l’Empereur Charles Quint (1500-1558) tenta de remédier à cette situation. C’est le Roi qui se réservait la possibilité de nommer directement ses magistrats communaux. Il procédait lui-même à l’élection des échevins. Le Roi n’hésitait pas à casser une élection qui lui déplaisait. Avec cette mainmise royale, les échevins perdaient leur indépendance. Une situation qui annonçait le déclin du pouvoir échevinal. Leur nombre qui avait été de dix durant plusieurs centaines d‘années fut réduit à six. Un arrêt de Louis XV reproduit dans le recueil des documents relatifs à l’Histoire du droit municipal en France des origines à la Révolution par Georges Espinas explique que « le corps des villes de Béthune, Aire, Lens, Bapaume et Hesdin seront composés d’un mayeur et de six échevins ».
   Avec la Révolution de 1789, les échevins disparaissent. A Béthune, ils ont donné une certaine impulsion au commerce et à l’industrie de la ville à un tel point que l’on qualifiait la cité de Buridan de ville florissante à la veille de la Révolution. 

              Arnaud Willay (Parution dans La Voix du Nord, le 18 février 2007)

Illustration : Charles Quint

Par Arnaud Willay - Publié dans : Histoire seigneuriale/médiévale
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Loin de l'Epiphanie, des Rois mages et de la traditionnelle galette, l'Histoire retiendra aussi que le début de l'année 1477 aura été fatal à un souverain : Charles Le Téméraire.

 

    Le 5 janvier 1477, Charles le Téméraire, duc de Bourgogne et possesseur des Pays-Bas et de l'Artois périt à Nancy. En ce début de mois de janvier, Béthune perd son seigneur, un homme de 44 ans  qui aura marqué son temps. C'est à la mort de Philippe Le Bon le 15 juin 1467 que Charles Le Téméraire était devenu duc de Bourgogne ainsi que Comte de Flandre et d'Artois.

   Charles le Téméraire (1433-1477) restera un des personnages marquant du 15ème siècle. Il est l'arrière grand père d'un certain Charles Quint, connu à Béthune pour avoir ordonné en 1533 la démolition de l'église Saint-Vaast et sa reconstruction à l'intérieur de la ville. On le disait intelligent et doté d'un grand génie politique. Eugène Béghin dans son Histoire de Béthune le décrit comme « violent, indomptable, toujours gouverné par l'orgueil et la colère. Il se montra toute sa vie, le plus ardent et le plus terrible ennemi de Louis XI ». Cette description toute béthunoise du « Téméraire » va dans le sens d'autres récits historiques sur le seigneur de Béthune.

   Il a eu systématiquement recours à la force et à la guerre pour obtenir ce qu'il voulait. Une politique belliqueuse qui lui valut de nombreux revers. En 1472, il dut renoncer à prendre Beauvais. La prise de Nancy qu'il voulait ériger en capitale du royaume bourguignon lui sera fatale.

   Mais ce qui frappa le plus dans le règne de Charles Le Téméraire, c'est sa volonté constante d'indépendance vis-à-vis du Roi de France Louis XI. D'ailleurs, sa mort allait avoir des incidences sur Béthune. En effet, débarrassé de son rival, Louis XI annexe la partie française du duché de Bourgogne dont l'Artois. On dit même que guettant l'héritage du Téméraire, Louis XI vint à Béthune et s'empressa de confirmer les chartes et franchises accordées par les anciens seigneurs. Une façon pour le souverain de s'attirer la sympathie de la population locale.

 

                 Arnaud Willay (parution dans La Voix du Nord, le 7 janvier 2007)

 

 

 

 

Illustration : Charles Le Téméraire

 

 

 

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Depuis le 7 novembre, la fête du livre bat son plein dans les médiathèque Elie Wiesel et Jean Buridan. La thématique retenue, celle des Métropoles, ne pouvait pas mieux tomber. Les livres anciens sur Béthune fleurissent chez les bouquinistes du centre ville de la métropole lilloise.

 

 

 

  La Vieille Bourse de Lille, monument prestigieux témoin de la vitalité économique lilloise au 17ème siècle, est fréquenté par les amoureux des cartes postales et des livres anciens. Situé en plein centre ville de Lille, cet édifice qui regroupe des bouquinistes apparaît comme une véritable librairie à ciel ouvert. Des centaines de livres anciens sont mis à la disposition des plus curieux d'entre nous dans un décor à l'architecture typique de la Renaissance flamande du XVIIème siècle. Les touristes les plus attentifs sont à vrai dire souvent émerveillés par la magie de ce lieu unique. De l'attention, il en fallait pour découvrir ce livre datant de 1937, décrivant le Béthune d'Ancien régime.

Pourquoi Marcel Demont, docteur en droit, a-t-il décidé de publier à la fin des années trente une étude sur l'organisation municipale à Béthune sous l'Ancien Régime ?

Jusque la, les études historiques existantes sur Béthune donnaient un aperçu insuffisant sur les institutions municipales. Dans son introduction, Marcel Demont signale que ces études « nous ont conté en les reprenant dans l'ordre chronologique, tous les événements heureux ou malheureux de la ville de Béthune et de ses habitants ».Une précision importante qui a le mérite de nous éclairer sur l'état de la recherche historique sur la cite de Buridan en 1937. S'appuyant sur ce constat, Marcel Demont désirait faire « un ouvrage conçu dans un esprit tout diffèrent afin de parler de la ville de Béthune elle-même en tant que cité, d'étudier l'évolution de son organisation administrative et de ses institutions ».

            Alors, qu'en est-il de l'organisation béthunoise sous l'Ancien régime ? Il semble que les institutions administratives et judiciaires de la ville ne présentaient pas de réelles différences avec celle des autres communes flamandes.

En fait, Béthune a suivi le mouvement d'émancipation des villes du Nord, de la Picardie à la Flandres en passant par l'Artois. Grâce à l'octroi de Chartes, Béthune a su s'affranchir du joug féodal. Préfaçant ce livre, le juriste Raymond Monier précisa « le droit qu'avait Béthune d'émettre des pièces de monnaie de plomb appelées méréaux jusqu'en 1531 et la compétence judiciaire exclusive des échevins de la ville pour les procès concernant les bourgeois de l'agglomération ». Quand a la suite de cette histoire, pourquoi ne pas essayer la découvrir en flânant du côté de la Vieille Bourse  !

 

 

 

         Arnaud WILLAY (parution dans la Voix du Nord, le 19 novembre 2006)

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Depuis le onzième siècle, les seigneurs octroyaient des chartes à leurs sujets. Les actes communaux écrits accordés par les seigneurs de Béthune sont nombreux. La Charte d’octobre 1210, voulue par Guillaume II, mérite une attention particulière.
   La féodalité a été un élément marquant du moyen âge. Dans le régime féodal, les seigneurs qui s’engageaient envers un seigneur plus puissant, recevaient des fiefs. Ils régnaient sur des territoires. La seigneurie de Béthune a connut nombre de seigneurs, de Robert Ier à Guy de Dampierre en passant par Guillaume II.
   Ces seigneurs ont accordé à la population différents privilèges consignés dans des Chartes. Ces documents étaient considérés comme un instrument de pouvoir dans les sociétés médiévales. Guillaume II l’avait bien compris.
Le 10 octobre 1210, il octroya une Charte à son retour de la quatrième croisade. Cette charte conservée aux Archives nationales confirma les termes de celle de 1202 en expliquant que les habitants de la ville étaient placés sous la juridiction échevinale.
   L’aspect le plus important de ce document symbolisant les libertés communales c’est la reconnaissance par les seigneurs de Béthune du pouvoir des échevins sur les habitants en soulignant que « nous ne pourrons les assujettir à la puissance ni à la loi d’aucune autre ville ». En d’autres termes, les magistrats communaux avaient un pouvoir étendu sur l’administration de la commune et une certaine indépendance dans sa gestion.
   Cette Charte concernait les personnes (les échevins, bourgeois et habitants de la ville) et non la ville de Béthune à proprement dit. En effet, au 13ème siècle, la commune n’avait pas encore de personnalité juridique. Elle ne pouvait donc pas posséder un patrimoine propre ni jouir de droits spécifiques. Les rois Philippe I Auguste et Louis XVIII ont largement favorisé de 1180 à 1226 l’émancipation des communes. Philippe Auguste avait bien compris qu’il avait intérêt à développer le mouvement communal en s’appuyant sur la bourgeoisie locale. Un essor éphémère car dès le XIVème siècle et en particulier sous Henri IV, tous les privilèges des communes tombèrent en oubli.
   Les Chartes féodales constituent des sources irremplaçables pour comprendre l’histoire du moyen âge. Celle accordée par Guillaume II, trois ans avant sa mort, permet par bien des aspects d’éclairer le passé médiéval de Béthune. 

          Arnaud Willay (parution dans La Voix du Nord, le 15 octobre 2006)

Par Arnaud Willay - Publié dans : Histoire seigneuriale/médiévale
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